« Editoriaux de Raphaël de la Croix », Directeur de RCF-ANJOU

Rédigé le Jeudi 14 Avril 2016 à 16:03 | Lu 221 fois


Chaque Jeudi matin, à 8 heures, le Directeur de RCF-Anjou donne son avis sur un événement, un problème particulier, un sujet « sociétal », une loi nouvelle pouvant paraître comme difficilement recevable ou au contraire comme allant dans une direction avouable… Etc..


Qui est Raphaël de la Croix ?

 Il convient de le présenter parce qu’il va remplir pour le Parvis des Alliances, dans le blogue Chronique (in)actuelle, une tache importante : jeter un regard précis et perspicace sur un certain nombre des réalités concrètes qui sont le pain quotidien du peuple français. 
 
Raphaël de la Croix est directeur de « Radio chrétienne d’Anjou » (RCF-Anjou), l’une des plus efficaces parmi les quelques soixante-cinq radios chrétiennes qui maillent le territoire français. Elles sont toutes placées sous le cigle RCF, nom complété par celui de la région ou de la ville où elles sont implantées : à elles toutes elles dépasse le million d’auditeurs réguliers.

Il est également journaliste : métier qu’il a découvert lorsqu’il fut nommé directeur de cette ‘’agence’’ RCF, la seconde de France après celle de Lyon. Les textes de lui que la Chronique (in)actuelle va régulièrement mettre en ligne sont d’abord des chroniques d’un journaliste que tout intéresse et qui bénéficie de qualités rares : il est pondéré, prudent, respecte le juste milieu, éprouve quelques difficultés à accepter de gaieté de cœur les exagérations si coutumières dans le monde des médias ainsi que de sa tendance à penser que la seule doxa véridique est celle d’une laïcité absolutiste. Plus quelques autres, naturellement : celle en particulier, lui qui habite presqu’au pied des vignobles du Layon angevin, de ne pas détester boire nombre des excellent crus de l’Anjou… raisonnablement bien entendu.
 
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P.S. : Les notes insérées en bas de page sont en général du fondateur de la Chronique (in)actuelle et du Parvis des Alliances, refuge de la Chronique.

Exemple : à propos de « juste milieu », il faut se souvenir que, pour Aristote, le « ''juste milieu'' est semblable à une ligne de crête entre deux abîmes »...
 
 
 

carte_blanche.docx CARTE BLANCHE.docx  (1.45 Mo)


En un seul fichier, les six premières interventions de Raphaël de la Croix :


            1/
Alors que les décrets d’application relatifs à la réforme des collèges sont publiés au Journal Officiel, tenez-vous, Raphaël, à revenir sur ce sujet ? 
 
Oui,  parce qu’avant que cette réforme ne tombe dans l’oubli, comme toutes les actualités qui sont chassées par d’autres actualités, je voudrais relever deux choses.

La première sur la forme. La gauche à ce talent que la droite n’a pas, c’est de faire passer des réformes alors que personne n’en veut. En 2013, un million de personnes dans les rues n’auront pas eu raison de la loi Taubira. Quelques milliers de manifestants contre la réforme ne devaient pas lui faire peur. Alors selon le camp auquel on appartient, on appellera cela du courage politique ou du dogmatisme. Je vous laisse choisir l’option qui vous convient le mieux.

La seconde est sur le fond. À la vérité cette réforme des collèges n’est qu’un virus de plus dans le corps bien malade de l’Éducation nationale.

Je suis persuadé que nous avons progressé dans un certain nombre de domaines, mais j’en vois un qui régresse de plus en plus : celui de la culture. Les élèves sortent de terminale avec un niveau de culture générale inquiétant. Alors que 20% des jeunes de 17 ans – dixit le ministère de l’éducation nationale lui-même – ne sont pas capables de, je cite, « lire efficacement » un texte, nos jeunes, déformés par la méthode globale, sont également nuls en orthographe. Bien téméraire serait le prof de français de terminale qui soumettrait à ses élèves une dictée que nos grands-parents affrontaient alors sans difficulté en primaire.
Vous voyez, comme nombre de parents, je m’inquiète de ce que l’on transmet à nos enfants. Quand je pense que moi qui n’ais pas quarante ans, j’ai appris les 80 premiers vers de l’Énéide par cœur et que les premiers vers de l’Iliade nous étaient familiers. Mais combien d’élèves savent encore aujourd’hui qui sont Virgile et Homère ? Quand je pense que nos professeurs nous initiaient aux grands peintres ! Mais combien d’élèves aujourd’hui ont entendu parlé de Vermeer, Velasquez ou Manet ? Quant à l’histoire, une anecdote me revient à l’esprit : il y a quelques temps, dans une autre vie, j’enseignais à des étudiants d’une grande école d’ingénieur comment prendre la parole en public. Un de mes étudiants me présente un exposé sur l’histoire de la philosophie. Il fait alors, pendant sa présentation, un bond d’Aristote à Descartes. Impasse totale sur la Renaissance et surtout le Moyen Âge. Le Moyen Âge ? Connaît pas ! Le reste du groupe ? Pas mieux. « Ignorantus ignoranta ignorantum »[[1]]url:#_ftn1  ! 476 ? Déposition de Romulus Augustule, dernier empereur Romain. 1453 ? Chute de Constantinople ! Vous venez de balayer d’un revers de main mille ans d’histoire, la fondation des universités, Saint Albert le Grand et Saint Thomas d’Aquin, deux monuments de l’histoire de l’intelligence. Deuxième année d’école d’ingénieur… Ça sait tout sur le fonctionnement d’un réacteur nucléaire mais rien sur la Culture. Le drame est là. Et il y a urgence.

En 2014, cinquante écoles indépendantes se sont créées en France[[2]]url:#_ftn2 . Plus de soixante mille élèves y sont scolarisés. Ils n’ont pas le temps d’attendre. L’heure est à la refondation. Plus à la réforme. Surtout quand elle est nocive.

            2/
Les dérives que vous jugez laïcistes, Raphaël, vous inquiètent-elles une fois de plus ?
 
Oui c’est décidément le mal du siècle. Depuis les attentats islamistes les ‘’laïcards’’ de tout poil se sentent autorisés à définitivement faire de la religion soit la responsable de toutes les violences, soit une philosophie personnelle, privée, à vivre bien à l’intérieur de soi sans que personne n’en sache rien.

Sauf que là ils commettent des erreurs tactiques qui pourraient bien retourner l’opinion contre eux. Chaque semaine, les libres penseurs portent atteinte à la pensée libre en imposant leurs ‘’diktats’’[[3]]url:#_ftn3 anti religieux. On avait eu l’affaire de la crèche au Conseil général de Vendée,  puis il y a eu celle des pubs dans le métro parisien pour un concert donné au profit des chrétiens d’Orient mais jugées non respectueuses de la laïcité.  Ils ont été heureusement déboutés. Ensuite on découvre cette adolescente musulmane de Charleville Mézières virée de son établissement parce que sa jupe noire trop longue est jugée être un « signe ostentatoire ». C'est-à-dire que le ‘’string’’[[4]]url:#_ftn4 qui dépasse de la mini-jupe ce n’est pas ostentatoire, mais la jupe longue oui.  Certes l’adolescente, qui s’était vue interdire le voile ne s’était pas habillée ce jour-là sans arrière-pensée. Mais franchement, y voir un signe ostentatoire est une provocation qui ne va faire que continuer d’attiser une situation déjà tendue.

Et il y a quelques jours, parce qu’un groupuscule de libres penseurs de Ploërmel, encore eux, a été atteint dans sa neutralité en croisant la statue de Jean-Paul II sur une place publique, le tribunal administratif de Rennes a demandé le retrait du monument. Oui, oui, Jean-Paul II le grand, Saint Jean-Paul II, est un signe ostentatoire qui dérange la laïcité. Et la justice leur donne raison.

On en est arrivé à un tel point de bêtise que c’est à se demander si un argumentaire est utile. Il faudrait un jour que quelqu’un qui n’aurait rien d’autre à faire s’amuse à dresser la liste de tous les édifices religieux, des noms de villages à connotation religieuse, les musées, les églises, les statues qui se trouvent sur le territoire de la République et qu’il l’envoie à nos amis libres penseurs. Et j’attends avec impatience qu’un auditeur me traîne devant les tribunaux pour me faire changer de nom, parce que mes ancêtres m’ont fait l’insigne honneur de me donner le fort peu laïc patronyme de « de la Croix ».

Demain la Mairie de Paris devra débarrasser le républicain Panthéon de la croix qui le surplombe et la place des Pyramides de sa statue de Jeanne d’Arc.

Tous ces libres penseurs sont contre le principe républicain de la laïcité qui, je le rappelle, est censé garantir la liberté de culte et non pas son confinement dans la sphère privée. C’est à eux que l’on devrait faire des procès. Et qu’ils laissent enfin les Français qui le souhaitent exercer leur foi, quelle qu’elle soit, et assumer leur culture chrétienne. Laissons à Sarah sa jupe, si longue soit-elle, et à Jean-Paul II sa croix !

Quant à moi, laissez-moi s’il vous plait la fierté de mon patronyme.

            3/
Un peu de pape François nous fera le plus grand bien !


Raphaël, pour cette première carte blanche de rentrée vous revenez sur vos lectures de l’été : 
 
Oui, et comme tout le monde on se prévoit une tonne de bouquins à lire en vacances car on aura enfin le temps. Alors on se promet de relire À la recherche du temps perdu, de Proust : ce que j’ai fait. Enfin, je veux dire que je me le suis promis… Mais je ne l’ai pas lu. Du coup je me suis concentré sur l’essentiel. Deux textes fondamentaux du pape François qui m’ont  véritablement marqué. Tout d’abord un petit bouquin intitulé Le visage de la Miséricorde pour introduire le Jubilé qui débutera le 8 décembre. Ça fait 60 pages, ça se lit en une heure et c’est du bonheur en livre. Redécouvrir à quel point Dieu nous aime, gratuitement, infiniment, quelle que soit notre condition, notre performance, quels que soient notre faiblesse et notre péché : quelle joie ! Avec simplicité et clarté, le Pape nous montre que notre religion chrétienne est belle car la miséricorde en est la substance même et nous rappelle avant tout que Dieu est Amour, tout en rappelant la nécessité de nnnnnn.
         
Eh bien croyez-moi, avant d’affronter la rentrée ça fait du bien. Tant de personnes ne voient dans la religion qu’un condensé de règles morales et d’interdits, et passent ainsi à côté de son vrai visage. C’est tellement essentiel que nous consacrerons chaque dimanche à 11h une émission baptisée Visage de Miséricorde, en partenariat avec les radios RCF de l’Ouest. Je vous conseille donc à la fois de lire ce petit livre et d’écouter l’émission.

La deuxième lecture, qui m’a enthousiasmé, c’est la fameuse encyclique Laudato Si. Pendant trois jours la presse en a fait tout un ‘’ramdam’’[[5]]url:#_ftn5 avant et après sa sortie. Ça y est, le pape devient enfin écolo. Et puis zou, on passe à autre chose. Or ce texte est absolument fondamental. Il est d’abord un avertissement très grave adressé par notre pape à tous. La situation écologique mais aussi sociale du monde est arrivée à un point critique. En défendant une écologie intégrale, le pape propose une vision cohérente, dans laquelle la nature, l’homme et Dieu sont interdépendants et personne aujourd’hui, à part lui, ne propose cette vision. En lisant l’encyclique, on est invité tout simplement à changer de vie, chacun, pour sauver un monde qui s’est mis gravement en danger en ne respectant ni la nature, ni la dignité de l’homme ni la transcendance de Dieu. Dans notre alimentation, notre vie professionnelle, notre action politique ou sociale, dans notre rapport à la consommation et au monde numérique, nous devons nous convertir. Tous. Et en particulier la société occidentale.

Les plus pauvres d’entre nous sont ceux qui payent les conséquences des inconséquences des puissants, qui traitent la nature comme un bien de consommation, l’embryon comme un matériau, et les plus pauvres comme des êtres sans importance. Sauver ce monde est possible. Mais il faut nous convertir. Cette deuxième lecture est donc indispensable et je vous donne RDV dès ce soir avec Dominique Vermersh à 20h pour une série d’entretien sur ce texte majeur.

4/
En début de semaine nous évoquions dans nos journaux d’information l’avancement du projet de construction de la mosquée à Angers et c’est ce qui, Raphaël, vous fait réagir aujourd’hui :
 
Oui le chantier de la mosquée d’Angers est maintenant bel et bien engagé depuis plusieurs mois. Il sera terminé fin 2016 si le projet trouve son financement. Cela faisait des années que les musulmans d’Angers attendaient un lieu de culte digne de ce nom. Ce sera donc chose faite.

Tout le monde ou presque s’accorde à dire que, dans un pays démocratique et laïc, il est normal que des pratiquants puissent se doter d’un lieu pour prier en toute quiétude. Je pense donc en effet qu’il est normal que les musulmans d’Angers s’achètent leur mosquée, avec leurs fonds propres bien entendu. D’ailleurs, c’est le cas pour la mosquée d’Angers, même si l’origine des fonds viendra probablement de l’étranger, la communauté musulmane angevine de sept mille personnes ne pouvant pas faire face aux quelques 6.5 millions d’euros nécessaires pour la construction de l’édifice, si l’on inclut le centre culturel qui jouxtera la mosquée. 
 
Mais les Angevins sont-ils prêts à vivre cette évolution des choses ? Dans un an et demi, l’arrivée à Angers ne se caractérisera plus visuellement par les flèches de la cathédrale ou les tours du Château, mais par le minaret de 21 m qui dominera la Maine du haut du Plateau des Capucins. L’édifice, d’architecture classique pour une mosquée, avec son minaret et sa coupole tranchera dans le paysage angevin. Il est même prévu, paraît-il, un rayon laser pour l’appel à la prière, plusieurs fois par jour. Imposant, ce monument pourra accueillir plus de mille fidèles. Pour vous donner une idée, c’est quasiment autant que la capacité de la cathédrale d’Angers.

Vous en conviendrez, ça va modifier quelque peu le paysage. On peut s’interroger au moins sur un point. Quand vous mettez un cabanon dans votre jardin, ou si vous changez la couleur de vos volets, pour peu que vous soyez dans un rayon de quelques kilomètres d’un monument historique, vous devez passer par les fourches caudines des Bâtiments de France qui ne plaisantent pas avec l’harmonie architecturale. Il n’est pas certain qu’avec le dossier de la mosquée, ils aient été aussi tatillons…

Il faut donc en prendre acte. La religion musulmane est la première religion de France. On compte d’après le Figaro.fr un jeune pratiquant catholique pour trois jeunes pratiquants musulmans. Se pose alors la question qui fâche. Pourquoi les pays musulmans n’autorisent pas la construction d’églises chez eux ?  Réponse sur le site Islam web, du Cheikh al ‘Uthaymîn, un ponte reconnu de l’Islam mondial, je le cite : « Les églises sont des maisons de mécréance et de polythéisme, alors que les mosquées sont des maisons de foi et de sincérité, il y a donc un fossé entre les deux ! Et puis la terre appartient à Allah, le Très Haut, et quand nous bâtissons une mosquée dans n’importe quel endroit de la terre, en fait nous édifions des maisons d’Allah sur la terre d’Allah, le Très haut, à l’inverse d’eux ! » : fin de citation. Voilà qui a le mérite sinon de la tolérance au moins de la clarté. Gageons que les musulmans d’Angers, eux, ne l’entendent pas de cette oreille !

            5/
Suite à l’annonce faite par François Hollande de l’accueil en France de 24 000 migrants, vous nous invitez, Raphaël, à ne pas regarder seulement les conséquences mais aussi les causes de cette vague migratoire.  
 
Oui, je me risque à aborder ce sujet qui est aussi difficile que délicat. Et c’est même parce que le sujet est complexe qu’il me paraît utile d’en parler, car il semblerait que sur la question des migrants le rythme médiatique nous pousse plus facilement à l’émotion qu’à la réflexion. Or les deux sont en la matière indispensable.

L’émotion est nécessaire pour susciter la compassion. Un enfant mort sur la plage, des chrétiens décapités, des femmes Yézidies, fusil à la main pour défendre leur pays,[[6]]url:#_ftn6 sont des réalités quotidiennes au Proche Orient qui ne peuvent pas nous laisser indifférents. C’est pour cela que les initiatives particulières doivent se mettre en place pour venir en aide aux migrants comme nous y invite le pape François.
Cette compassion doit toutefois, me semble-t-il, s’accompagner d’une réflexion plus globale. Et ce sont nos politiques qui sont sur ce point les premiers concernés. Il faut en effet apporter des réponses aux questions graves qui n’ont pas de réponses sérieuses à ce jour.

Premièrement : en quoi notre politique internationale favorise-t-elle la paix dans ces pays et, par voie de conséquences, la réduction de la vague d’immigration ? En Lybie, malgré la cruauté de Kadhafi, les Libyens ne fuyaient pourtant pas par bateaux entiers. Depuis notre brillante intervention, ils sont des milliers à fuir le chaos que la France y a installé.
Contre l’État Islamique, notre diplomatie ne fait pas mieux. Soumis aux directives américaines, nous refusons l’alliance avec les Russes, plombant au passage notre économie agricole qui n’en avait pas besoin, et nous retrouvant avec les Mistrals sur les bras et l’ardoise de 950 millions d’euros que devront supporter les contribuables de France. Nous ne parlons d’ailleurs pas plus avec la Syrie, puisque nous avons mis en préalable de toute discussion la destitution de Bachar. Nous avons pourtant des ennemis communs : les milices djihadistes en guerre contre l’État syrien d’une part et contre l’État islamique d’autre part.

Tout le monde le sait. Les quelques vols de reconnaissance de nos Rafales ne feront en rien reculer l’ennemi. Pendant ce temps-là, les experts sont formels : alors que, par des circonvolutions de langage, on parle de Daesch, un état plus structuré que le Soudan se met en place, avec son économie, son gouvernement, son armée et ses lois. Va-t-on continuer à les laisser égorger femmes et enfants, dévaster le patrimoine mondial, et jeter sur les routes des flots de migrants déracinés ?

Deuxièmement, comme l’indique le pape François dans sa dernière Encyclique, des états et des entreprises ont pillés les ressources des pays plus pauvres. Pêcher dans les eaux africaines, les privant ainsi de leur gagne-pain par exemple, c’est aussi cela qui jette sur les routes de l’exil des milliers de migrants.

Alors compassion oui. Notre responsabilité chrétienne nous y engage. Mais si nous ne prenons pas d’urgence des mesures politiques, économiques et militaires, nous contribuerons à installer, ici comme là-bas, un chaos dont il sera difficile de sortir.

            6/
Le parti de Nicolas Sarkozy a un nouveau nom. Il était temps, Raphaël ?
 
Oui, ça y est, l’UMP s’appelle Les Républicains. Ouf, on va pouvoir faire une petite pause. Parce qu’en ce moment, on en bouffe de la République ! Avec le drame du 7 janvier nous avons eu la marche républicaine, avec les élections locales, nous avons eu le Front Républicain. Nous avons eu le pacte républicain par-ci, et les valeurs de la République par là. Parce que oui, les ‘’vraies valeurs’’ c’est la République !

Les valeurs, ce ne sont pas les valeurs morales. Les valeurs, ce ne sont pas les valeurs françaises. Les valeurs, ce ne sont pas les valeurs spirituelles. Non, ce sont les « valeurs républicaines » ! Être républicain, c’est le ‘’must’’. Avant, humaniste c’était déjà très tendance. Si vous étiez porteur d’un projet solidaire, vous aviez la cote. Et si vous vous drapiez de tolérance, vous étiez un héros. Maintenant, être républicain fait de vous un Bienheureux. Et si vous êtes républicain mais qu’en plus vous prônez une laïcité sans concession, alors vous êtes un Saint.

Parce que oui, la République est notre nouvelle religion. Elle a ses temples et ses saints, voyez le Panthéon (dont, soit dit en passant, la croix, pas très laïque, qui le surplombe devra tôt ou tard disparaître…) ; elle a ses apôtres et ses fondamentalistes ; elle a ses statues et ses symboles, tels ses Arbres de la Laïcité. Elle a son catéchisme, distillé en cours d’éducation civique. Elle a même sa spiritualité, comme l’appelait alors de ses vœux Vincent Peillon, qui rêvait, je le cite, « d’une religion laïque, d’une foi laïque ». Elle a enfin ses grands prêtres qui exercent leur ministère sous étroite surveillance des médias, véritable inquisition qui punit aussitôt les sorties de routes antirépublicaines.

Il lui manque Dieu, mais c’est le but me direz-vous !

Côté doctrine c’est simple : « Liberté Égalité Fraternité ». Simple mais vaste. Chacun remplit les mots à sa façon. Et Vincent Peillon a dû hurler quand il a entendu Jean-Paul II dire, dans son discours du Bourget en 1980, qu’il avait vu dans la devise française une parfaite compatibilité avec les valeurs chrétiennes : mais en soulignant quand même qu’il y manquait le lien avec la sagesse éternelle.

Après tout, la République, c’est la Res Publica. La ‘’chose publique’’ autrement dit : ce qui n’est pas du domaine du privé. C’est éminemment important. La vie en société doit être régulée, elle doit conduire au bien commun. Certes. Mais ça n’en fait pas un projet de vie.
Ou alors il faut la prendre sous l’acception du régime politique post monarchique qui n’a que deux siècles. C’est jeune au regard de l’histoire de la France. Bref, la République n’est que la république. Ce n’est pas une religion. Ce n’est pas une doctrine ni même une philosophie. Alors messieurs les prophètes de la république, si vous nous parliez sagesse, courage, honneur, humilité, don de soi, abnégation, générosité, pardon, joie qui se partage, et, allons-y, amour !! Parce que ça ce sont des valeurs ! Et ces valeurs rendent heureux !

Et si vous essayiez, pour voir ?
 
[[1]]url:#_ftnref1 - Qui n’aura pas reconnu une des répliques les plus célèbres de notre cher Molière ?
[[2]]url:#_ftnref2 - Depuis que le mouvement a été lancé, vers 2008, plus de cinq cents établissements hors contrat ont été créés en France. Bientôt sera franchi le seuil de cent milles élèves.
[[3]]url:#_ftnref3 - Diktat : mot d’origine allemande qui signifie « chose imposée ».
[[4]]url:#_ftnref4 - String : mot anglais qui signifie ficelle, corde, cordon, fibre… Le verbe donne ‘’munir d’une corde, enfiler, suspendre’’… Son usage en français est absurde.
[[5]]url:#_ftnref5 - Ramdam : mot qui signifie vacarme.  Il provient de l’arabe ‘’ramadan’’
[[6]]url:#_ftnref6 - Dans leur infernale intolérance, et leur conviction que ceux qui ne sont pas musulmans mais d’une autre religion ne peuvent être que des démons serviteurs du Démon, les Djihadistes du Califat ont particulièrement ciblé les chrétiens et les Yésidis : ou bien ils se convertissent à l’islam ou bien ils s’enfuient ; sinon ils sont tués sur place. Voilà pourquoi il faut accueillir de ces ‘’réfugiés’’ si tragiquement menacés.

Vous souhaitez ce matin Raphaël que nous ne fassions pas dire au pape ce qu’il n’a pas dit…

Oui parce que cet été, j’en ai profité pour lire deux textes fondamentaux du pape François : Le visage de la miséricorde, texte qui prépare à l’année de la miséricorde qui s’ouvrira le 8 décembre prochain, et la fameuse encyclique Laudato Si. Et je ne suis pas déçu du voyage. 
Le premier texte, je vous le conseille surtout en période de rentrée et par le temps qui fait : ça vous redonne le moral. Le pape nous rappelle le fondement de notre foi, que Dieu est amour, pardon, tendresse et miséricorde, au-delà de nos petitesses, de nos faiblesses. Il nous rappelle que pour Dieu c’est un besoin irrépressible : Plus on est pécheur, plus il nous donne son infinie miséricorde. En ce sens la miséricorde dépasse la justice. Si on en reste à la justice nous dit le pape, on  risque de sombrer dans la sécheresse du légalisme.

Pourtant, la justice est nécessaire. En lisant trop vite le texte, on pourrait y voir une possibilité de s’affranchir de la loi et de la justice. A l’approche du synode pour la famille par exemple, certains imaginent déjà qu’une nouvelle union après divorce sera rendue possible grâce à une plus grande souplesse de l’Eglise pleine de miséricorde justement. Ils risquent d’être déçus. La miséricorde ne veut pas dire que tout est permis. Le pape rappelle je cite « Cela ne signifie pas dévaluer la justice ou la rendre superflue, au contraire. Qui se trompe devra purger sa peine, mais ce n’est pas là le dernier mot, mais le début de la conversion, en faisant l’expérience de la tendresse du pardon » fin de citation. Dépasser la justice donc mais sans l’anéantir. Une nuance de taille. 

Le second texte que j’ai lu cet été est lui aussi exceptionnel. Et lui aussi mérite d’être lu dans son ensemble pour ne pas faire dire au pape ce qu’il n’a pas dit. Certains médias se sont complu à dire qu’enfin l’Eglise se ralliait à la cause écologique. Croire que Laudato si est un simple éloge du tri sélectif ou de l’altermondialisme serait une grossière erreur. Le pape, en s’appuyant lourdement sur la tradition magistérielle de ses prédécesseurs et en particulier Benoît XVI, rappelle la juste et noble place de la création que Dieu a confié à l’homme. La création, l’homme, Dieu, tous sont ontologiquement liés et interdépendants. Les séparer risquerait de diviniser la nature, ou au contraire de la mépriser. Rappeler que l’homme est responsable de la création face à Dieu remet les choses à leur juste place. 

Alors oui, le pape, très bien renseigné d’ailleurs, dresse un constat d’une rare gravité sur l’état  de notre maison commune, sur le comportement irresponsable de l’homme et son besoin insatiable de consommer, d’avoir, de gaspiller et sur les inégalités criantes. Mais il est plein d’espérance à conditions que l’on accepte de se convertir, tous, où que nous soyons, et à vivre différemment. 

Moralité. Je vous invite à lire par vous-même ces deux textes incontournables. Je vous invite aussi à découvrir deux nouvelles émissions consacrées à ces écrits du pape : Visage de miséricorde, le dimanche à 11h  et Laudato si, chaque mercredi à 20h, et rediffusé le samedi à 17h30. Voilà comme ça j’ai fait ma pub. 

Suite à l’annonce par François Hollande de l’accueil de 24 000 migrants en France, vous nous invitez Raphaël à ne pas regarder seulement les conséquences mais aussi les causes de cette vague migratoire.

  
Oui je me risque à aborder ce sujet qui est aussi difficile que délicat. Et c’est même parce que le sujet est complexe qu’il me paraît utile d’en parler, car il semblerait que sur la question des migrants le rythme médiatique nous pousse plus facilement à l’émotion qu’à la réflexion. Or les deux sont en la matière indispensable.
L’émotion est nécessaire pour susciter la compassion. Un enfant mort sur la plage, un chrétien décapité, des femmes Yhézidies fusil à la main pour défendre son pays sont des réalités quotidiennes au proche orient qui ne peuvent pas nous laisser indifférent. C’est pour cela que les initiatives particulières doivent se mettre en place pour venir en aide aux migrants comme nous y invite le pape François.

Cette compassion doit toutefois me semble-t-il s’accompagner d’une réflexion plus globale. Et ce sont nos politiques qui sont sur ce point les premiers concernés. Il faut en effet apporter des réponses aux questions graves qui n’ont pas de réponses sérieuses à ce jour.

Premièrement : en quoi notre politique internationale favorise-t-elle la paix dans ces pays et, par voie de conséquences, la réduction de la vague d’immigration ? En Lybie malgré la cruauté de Kadhafi, les Libyens ne fuyaient pourtant pas par bateaux entiers. Depuis notre brillante intervention, ils sont des milliers à fuir le chaos que la France y a installé.
Contre l’Etat Islamique, notre diplomatie ne fait pas mieux. Soumis aux directives américaines, nous refusons l’alliance avec les Russes, plombant au passage notre économie agricole qui n’en avait pas besoin, et nous retrouvant avec les mistrals sur les bras et l’ardoise de 950 millions d’€ que devront supporter les contribuables français. Nous ne parlons d’ailleurs pas plus avec la Syrie, puisque nous avons mis en préalable de toute discussion la destitution de Bachar. Nous avons pourtant des ennemis communs : les milices djihadistes en guerre contre l’Etat syrien d’une part et l’Etat Islamique d’autre part.
Tout le monde le sait. Les quelques vols de reconnaissance de nos Rafale ne feront en rien reculer l’ennemi. Pendant ce temps-là les experts sont formels. Alors que par des circonvolutions de langage on parle de Daesch, un état plus structuré que le Soudan se met en place, avec son économie, son gouvernement, son armée et ses lois. Va-t-on continuer à les laisser égorger femmes et enfants, dévaster le patrimoine mondial, et jeter sur les routes des flots de migrants déracinés ?
Deuxièmement, comme l’indique le pape François dans sa dernière Encyclique, des états et des entreprises ont pillés les ressources des pays plus pauvres. Pêcher dans les eaux Africaines les privant de leur gagne-pain par exemple, c’est aussi cela qui jette sur les routes de l’exil des milliers de migrants.
Alors compassion oui. Notre responsabilité chrétienne nous y engage. Mais si nous ne prenons pas d’urgence des mesures politiques, économiques et militaires, nous contribuerons à installer ici comme là-bas un chaos dont il sera difficile de sortir.
Merci Raphaël de la Croix. On vous retrouve ce soir à 19h15 dans Des hauts et Débats. Et vous parlerez précisément de la question de l’accueil des migrants. Quels sont vos invités ?
Chadia Arab, chargée de recherche au CNRS et conseillère municipale de gauche à Angers et Philippe de La Bigne, responsable régional des Jeunes Républicains. 

Ils vous énervent, ils vous agacent, ils vous insupportent mais de qui s’agit-il Raphaël ?

Ce sont les donneurs de leçons. Je prends évidemment un risque inconsidéré d’en être un moi-même, en leur reprochant de l’être. Aussi j’espère que mes propos du jour ne sombreront pas dans ce travers. Alors sans vouloir vous dire ce qu’il faut penser, je ne vous en dirai pas moins ce que je pense de ces spécialistes de la bonne morale.
Prenons par exemple Bernard Henri Lévy Celui-là il c’est mon préféré. Grand prêtre de la pensée toute faite, ce citoyen auto proclamé de la paix traîne sans arrêt sur les plateaux télé pour distribuer les bons et les mauvais points ou alors pose en photo tantôt aux côtés de combattants kurdes pour leur donner quelques conseils de stratégie militaire, tantôt auprès de ministres de la défense ou des affaires étrangères pour leur donner une petite leçon de géopolitique. Consultant international sur toute question qui a trait au monde en général, spécialiste de la bonne conscience en particulier, on aimerait qu’il s’amende pour ce qu’il a contribué à faire en Lybie : un chaos.
Autre donneur de leçon : Pierre Moscovici. On a presqu’oublié qu’il a été ministre de nos finances. Il a pourtant été promu commissaire européen aux affaires économiques et c’est donc à lui qu’il revient de juger de l’acceptabilité du budget de la France, de critiquer ses efforts sur la réduction des déficits. Comme on dit chez nous c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité.
Vous avez aussi Francis Lalanne, qui vous donne des leçons sur l’accueil des migrants par clip interposé. Un truc fadasse au possible digne du Florent Brunel caricaturé par les Inconnus. Il surfe sur la misère du monde pour faire marcher son business.
Vous avez ensuite les catégories professionnelles de donneurs de leçons : Les journalistes pseudos théologiens. Ceux-là aussi sont très drôles : ils aiment à rappeler aux catholiques leur doctrine, brandissent par exemple Vatican II dont ils n’ont pas lu une ligne mais dont ils sont sur que c’est un texte révolutionnaire en rupture avec tout ce que l’Eglise a pu enseigner avant.  Ils se sont d’ailleurs approprié en deux coups de cuiller à pot un pape François à leur sauce en prenant juste le côté « selfie écolo ami des pauvres », en oubliant volontiers sa critique virulente d’une société intellectuellement relativiste et moralement permissive. Quand il élargit l’absolution du péché de l’avortement on croit qu’il le dépénalise un peu, et quand il organise un synode sur la famille on espère qu’il va enfin libérer le mariage du carcan de l’indissolubilité.
Côté histoire ce n’est pas compliqué. Ça tient en trois mots : inquisition, croisade et Saint Barthélemy. Rajoutez un zeste de Pie XII collabo et vous avez fait le tour. Ce qui range la religion chrétienne de facto dans la catégorie des fondamentalistes extrémistes misogynes bornés pour la majeure partie de son histoire.
La liste de ces donneurs de leçons est encore longue. Vous la continuerez vous-même à la maison. Et j’ai bien conscience que vous pourrez m’y inscrire en bonne place et vous aurez sans doute raison. Ce serait après tout de bonne guerre.
 

Il y a 6 jours Najat Vallaud Belkacem notre ministre de l’éducation nationale signait une tribune dans le Monde dans laquelle elle appelait notamment à pratiquer la dictée quotidienne et le calcul mental. Voilà qui devrait vous faire pour une fois plaisir Raphaël de la Croix !

Ecoutez oui et non. Je dois vous répondre oui d’abord pour être cohérent, parce qu’évidemment, si la dictée fait réellement son grand retour dans nos classes, ce ne peut être qu’une bonne chose pour que nos enfants apprennent à mieux maîtriser notre langue. Et il en va de même pour le calcul mental. Mais franchement, je ne suis pas dupe. Tout cela me semble plutôt relever du coup de com pré-régionales que d’autre chose. Parce que dès le lendemain de la publication de la tribune, Michel Lussault, président de la commission des programmes explicitait : je cite : « Une dictée, ça peut être une minute, une minute trente, ça peut être fait en dehors du français » – et il nous donne alors l'exemple d'une « dictée » en cours d'arts plastiques, je cite à nouveau : « Tu prends un pot de peinture rouge et tu dessines une maison». Vous voyez le niveau. D’un coup la refondation de l’école de Mme Belkacem perd un peu de sa superbe. Bref, l’annonce faite en fanfare résonne un peu creux.
En revanche cette tribune a de quoi laisser complètement pantois quand on y réfléchit. Rendez-vous compte : voilà des dizaines d’années que les pédagogistes de tout poil nous pondent des théories loufoques qu’ils sont les seuls à comprendre, utilisent nos enfants comme cobaye de leur expérience, inventent la méthode globale, suppriment la notion de maître et de transmission, que 15% des enfants français arrivent au collège sans savoir ni lire ni compter correctement, et en septembre 2015 on découvre que la dictée est utile et que le calcul mental a du bon ! Bravo les gars. Chapeau ! Belle avancée ! 50 ans de salaires de fonctionnaires de la commission des programmes, de chercheurs en sciences de l’éducation, de destructions de générations entières d’intelligence pour arriver à ce brillant constat ! Super ! Très brillant. Alors maintenant que l’on a fait cette exceptionnelle découverte, on attend de tous ces ingénieurs de la pédagogie un grand mea culpa, une repentance publique, pour avoir désappris à des centaines de milliers d’enfant à lire, écrire et compter correctement.
D’autre part, je suis persuadé que des milliers de professeurs n’ont pas attendus notre ministre pour faire des dictée et du calcul mental dans leur classe et que leur bon sens a permis de sauver des milliers d’enfant du naufrage dysorthographique. Vous connaissez le principe de subsidiarité Madame la ministre ? Un des principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’église qui consiste à ne pas faire ce qui peut être fait à l’échelon inférieur. Pour respecter sa dignité, sa créativité et sa responsabilité. Un prof est assez grand pour savoir s’il convient de faire un exercice de conjugaison ou un résumé d’histoire. C’est son métier. Il n’a pas besoin d’un ministre pour ça.
La refondation de l’école ne passera décidément pas par un coup de com. Mais plutôt en libérant l’école et les professeurs de cette fluxion que sont les ayatollahs de la pédagogie qui règnent encore en maître rue de Grenelle. 

Dimanche prochain s’ouvre l’acte 2 du Synode sur la famille à Rome. Va-t-on vers une révolution du mariage Raphaël ?

Ecoutez, je n’en sais rien, et bien malin celui qui saurait à l’avance ce qui va sortir de ces 3 semaines de débats. On sait que le pape François est capable de nous surprendre : il l’a fait d’ailleurs en assouplissant les procédures de déclaration de nullité des mariages mais il a d’autre part envoyé des signaux, tout récemment à Philadelphie et dans l’avion qui l’a ramené à Rome notamment, en rappelant le caractère indissoluble du mariage et soutenant la famille traditionnelle.
Il est vrai que ces derniers temps le débat s’est intensifié. On a vu le mouvement baptisé la filiale supplique réunir 800 000 signatures pour demander au pape de veiller à ne pas fragiliser l’indissolubilité du mariage. De nombreux fidèles ont à l’inverse demandé au souverain pontife d’assouplir la discipline de l’Eglise sur les unions homosexuelles ou les divorcés remariés. Donc le synode sera animé et c’est tant mieux. Qui a dit qu’il n’y a avait pas de débat dans l’Eglise catholique ?
En revanche si le débat est souhaitable, il ne faut pas tomber dans une dialectique partisane. Ni attendre d’un synode qu’il soit le grand soir. Rappelons à toutes fins utiles qu’un synode est une assemblée d’évêque chargée d’informer et de conseiller le pape. Il n’est donc pas une instance délibérative. Il ne vote pas des décisions. Seul le pape est habilité à le faire, en s’appuyant certes largement sur ce qui émane du Synode, mais avec sa propre autorité. Libre à lui de reprendre ce qu’il veut des conclusions de cette assemblée dans l’exhortation apostolique qui suivra dans quelques mois. Bref, c’est donc la parole du pape in fine qui fera autorité. L’Eglise n’en déplaise à certains n’est pas une démocratie. Elle use de la collégialité, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
En tout état de cause, il faudra aborder ce synode avec intérêt mais aussi avec recul. Le danger de tomber dans le débat passionnel que les médias ne manqueront pas de faire monter en mayonnaise est réel. Et en premier lieu pour les chrétiens. Il convient donc de puiser à la source, et de lire les textes. Le motu proprio relatif à l’allègement des procédures de déclaration de nullité en est un bon exemple. Certains ont voulu y voir une porte ouverte au divorce. Or le texte du Saint Père est d’une extrême clarté. Il y conforte la voie judiciaire et non administrative, il invite les évêques à juger eux-mêmes des affaires et à ne faire preuve d’aucun laxisme.  Les critères de déclaration de nullité n’ont en rien changé. Ce sont justes les démarches qui sont plus simples et surtout plus rapides afin de ne pas dissuader ceux qui veulent être en conformité avec l’Eglise de le faire. Et pour vous en convaincre je vous invite donc à le lire par vous-même et donc à en comprendre le sens profond.
Bref, la bonne attitude pour aborder ce synode nous est en fait donnée par notre évêque et vous l’entendrez dans Parole d’évêque à 11h30 : il nous invite  à nous informer, et nous former,  et à prier pour nos pères Synodaux. Voilà un bon moyen de vivre, dans un souci de communion, ce moment important de l’Eglise.
 
Merci Raphaël on vous retrouve donc à 11h30 pour parole d’évêque et ce soir dans DHDB
Eh oui le jeudi c’est mon jour
Et de quoi d ébat-on ce soir ?
Je demanderai à Corine Bouchoux, Sénatrice écologiste et Grégory Blanc, patron du PS en Anjou si ce ne serait pas une bonne idée de supprimer les partis politiques…
Réponse donc ce soir à 19h15 dans DHDB

Dimanche prochain se clôturera le synode sur la famille. Les pères synodaux se sont notamment penchés sur toutes les situations difficiles que vivent les familles. Un peu trop selon vous Raphaël ?

Eh bien Il est évidemment nécessaire de se préoccuper de la question des familles fragilisées car elles ont plus que les autres besoin de soutien, d’attention, de miséricorde. Il est vrai qu’autour de ce synode on a beaucoup parlé de divorcés remariés, de familles monoparentales, d’union homosexuelles, et sans doute que la situation préoccupante de la famille explique cette cristallisation et on a certainement raison d’y consacrer autant d’énergie. Néanmoins, je crois qu’il est bon de rappeler aussi la beauté de la famille, et que si la vie de famille est exigeante, elle est aussi libératrice. C’est sans doute pour cela que d’ailleurs que le pape François a souhaité canoniser les époux Martin au cœur du Synode comme l’a si bien rappelé hier ma chère consœur Sophie Lutz. Parce qu’à y regarder de près, la vie de famille qu’ils ont menée était tout, sauf facile.
Alors oui je crois qu’il faut aussi penser à ces familles dont on parle moins, mais qui méritent un peu plus de publicité. Je pense à ces divorcés remariés qui vivent dans une grande foi et fidélité à l’Eglise, en se privant de la communion mais participant à la vie de l’Eglise. Je pense à ces couples âgés, qui ont vécu 50, 60, 70 ans ou plus de fidélité envers et contre tout. Je pense à ces pères et mères de famille qui dans la discrétion du quotidien se donnent pour éduquer leurs enfants du mieux qu’ils le peuvent, qui veulent leur transmettre des valeurs parfois à contrecourant du monde dans lequel ils vivent. Je pense à tous ces couples qui ont fait le choix de la fidélité quand la tentation faisait rage, le choix de la fidélité quand l’émotion du sentiment n’était parfois plus au rendez-vous, le choix de la fidélité quand le handicap ou la maladie ont jailli sans crier gare dans leur vie conjugale, le choix de la fidélité malgré l’incompréhension, parfois l’injustice ou même la blessure reçue de l’autre, le choix de la fidélité quand la facilité aurait été de voir ailleurs pour une autre plus jeune, pour un autre plus beau, plus riche, plus je ne sais quoi.
J’ai toujours trouvé étonnant que la conception moderne de l’amour veuille trouver son accomplissement en dehors des liens du mariage. On nous a affirmé que le mariage était aliénant. On pleure aujourd’hui de voir la détresse des familles déchirées, recomposées, redivisées et recomposées encore. Le divorce devait être la liberté. Il est en fait déchirure. On nous a expliqué que vivre dans la chasteté avant le mariage était une privation ridicule des plaisirs de la vie. On a alors banalisé le concubinage qui devait permettre d’être plus sûr de son engagement. Pourtant les couples qui se séparent le plus sont ceux qui ont connu la vie commune avant le mariage. Cherchez l’erreur. S’aimer pour toujours, pour le meilleur et pour le pire, ce n’est pas du romantisme. C’est sans doute une des choses les plus extraordinaires à vivre sur cette terre. C’est certainement parfois héroïque mais tellement beau. Pourvu que le synode contribue à promouvoir cette voie exigeante, mais chemin de joie profonde et de liberté.
 
Merci Raphaël, et vous revenez ce soir dans Des Hauts et Débats sur la question du mariage
Oui on se demandera si du côté de la préparation au mariage, il faut changer des choses pour justement éviter au maximum les sorties de route. On en parlera avec le Père Danto, que les auditeurs connaissent bien, le doyen de la fac de théologie à l’UCO mais qui viendra avec sa casquette de juge au tribunal ecclésiastique de Rennes, vous savez cette instance de l’église qui examine les nullités possible des mariages. On en parlera avec Jacques et Danièle Billette qui sont très investis dans la préparation au mariage puisqu’ils forment des équipes de préparation pour le diocèse d’Angers.
Et c’est à 19h30 ce soir juste après le rdv du Synode de Pauline de Torsiac. Rediffusion le samedi à 11h30. 
 

Vous souhaitiez ce matin Raphaël de vous exprimer au sujet de la Police...

Il faut bien l’avouer nous avons un rapport complexe avec la police. On préfère la défendre quand elle est loin et on ne l’aime pas trop si elle se fait trop proche de nous. On l’aime bien quand elle arrête les voleurs, on l’aime moins quand les contrevenants qu’elle épingle, c’est nous ! Mais hier, 85% des Français ont soutenu le mouvement de protestation des policiers. C’est que l’on s’est sans doute rendu compte qu’ils faisaient pour bonne partie un métier difficile, dangereux, et qui nécessite sa dose de courage, surtout quand le soutien de l’état n’est pas au rendez-vous.
Il faut remonter en 1983, au temps ou Badinter était garde des sceaux, pour se souvenir d’une manifestation massive de policiers. Et autre événement notable, tous les syndicats étaient main de la main, à quelques exceptions près. Autrement dit, la situation doit être grave pour qu’on en arrive là. Et sans doute l’est-elle. Pas partout certes et l’on sait que le Maine et Loire n’est pas une terre notoire de délinquance. Même dans le banditisme, la douceur angevine semble avoir fait son effet. Mais dans certaines zones de France, c’est le Far West. 8000 blessés par an ce n’est pas rien. Ce sont les risques du métier me direz-vous et c’est vrai que le métier de policier est par nature exposé. Ce que l’on comprend moins, c’est pourquoi ils sont comme lâchés par l’Etat.
Pourquoi ils ne sont que deux à tourner en voiture dans la zone difficile de Sartrouville, pourquoi tel policier vient avec son imprimante personnelle parce qu’il n’y a plus de budget pour ça ? Pourquoi Yann est entre la vie et la mort à cause d’un détenu dangereux qui s’est échappé pendant une permission ? Pourquoi chaque jour qui passe en moyenne un détenu se fait la malle pendant ses fameuses permissions ? Pourquoi un détenu qui a violé peut se retrouver quelques années après son crime à habiter à côté de sa victime ? Pourquoi  ce dealer en prison bénéficie d’une libération conditionnelle avec bracelet électronique, et qu’il peut continuer son business le bracelet autour de la cheville ? Pourquoi les remises de peine sont-elles si nombreuses et si facile ? Pourquoi quand on déclenche un plan Vigipirate les policiers mobilisés sur l’opération ne sont pas remplacés et laissent des zones non surveillées ? Pourquoi dans la 5eme puissance mondiale on peut appeler la police et ne pas avoir de réponse parce qu’il n’y a personne au bout du fil ? Pourquoi les prisons sont pour certaines d’entre elles si insalubres et saturées, et créent ainsi des zones inhumaines qui poussent à la révolte plutôt qu’à la rédemption ? Pourquoi on tolère que dans les quartiers sensibles un policier est accueilli par des jets de projectiles ou de machines à laver ? Pourquoi un policier doit garder le moral quand il sait que celui qu’il vient d’enfermer sera libre le lendemain et le narguera fièrement enlevant au policier toute crédibilité. Est-ce la faute à la justice ? Les tribunaux sont engorgés plus que jamais

En début de semaine nous évoquions dans nos journaux d’information l’avancement du projet de construction de la mosquée à Angers et c’est ce qui vous fait réagir aujourd’hui Raphaël

Oui le chantier de la mosquée d’Angers est maintenant bel et bien engagé depuis plusieurs mois. Il sera terminé fin 2016 si le projet trouve son financement. Cela faisait des années que les musulmans d’Angers attendaient un lieu de culte digne de ce nom. Ce sera donc chose faite.

Tout le monde ou presque s’accorde à dire que dans un pays démocratique et laïc il est normal que des pratiquants puissent se doter d’un lieu pour prier en toute quiétude. Je pense donc en effet qu’il est normal que les musulmans d’Angers s’achètent leur mosquée, avec leurs fonds propres bien entendu. D’ailleurs c’est le cas pour la mosquée d’Angers, même si l’origine des fonds viendra probablement de l’étranger, la communauté musulmane angevine de 7000 personnes ne pouvant pas faire face aux quelques 6.5 millions d’€ nécessaires pour la construction de l’édifice, si on inclut le centre culturel qui jouxtera la mosquée. 

Mais les angevins sont-ils prêts à vivre cette évolution des choses ? Dans un an et demi, l’arrivée à Angers ne se caractérisera plus visuellement par les flèches de la cathédrale ou les tours du Château, mais par le minaret de 21 m qui dominera la Maine du haut du plateau des capucins. L’édifice, d’architecture classique pour une mosquée, avec son minaret et sa coupole tranchera dans le paysage angevin. Il est même prévu paraît-il un rayon laser pour l’appel à la prière, plusieurs fois par jour. Imposant, ce monument pourra accueillir plus de 1000 fidèles. Pour vous donner une idée, c’est quasiment autant que la capacité de la cathédrale d’Angers.

Vous en conviendrez, ça va modifier quelque peu le paysage. On peut s’interroger au moins sur un point. Quand vous mettez un cabanon dans votre jardin, ou si vous changez la couleur de vos volets, pour peu que vous soyez dans un rayon de quelques kilomètres d’un monument historique, vous devez passer par les fourches caudines des bâtiments de France qui ne plaisantent pas avec l’harmonie architecturale. Il n’est pas sûr qu’avec le dossier de la mosquée, ils aient été aussi tatillons.

Il faut donc en prendre acte. La religion musulmane est la première religion de France. On compte d’après le Figaro.fr un jeune pratiquant catholique pour 3 jeunes pratiquants musulmans. Se pose alors la question qui fâche. Pourquoi les pays musulmans n’autorisent pas la construction d’églises chez eux.  Réponse sur le site Islam web, du Cheikh al ‘Uthaymîn, un ponte reconnu de l’Islam mondial, je cite : « les églises sont des maisons de mécréance et de polythéisme, alors que les mosquées sont des maisons de foi et de sincérité, il y a donc un fossé entre les deux ! Et puis la terre appartient à Allah, le Très Haut, et quand nous bâtissons une mosquée dans n’importe quel endroit de la terre, en fait nous édifions des maisons d’Allah sur la terre d’Allah, le Très haut, à l’inverse d’eux ! » fin de citation. Voilà qui a le mérite sinon de la tolérance au moins de la clarté. Gageons que les musulmans d’Angers,eux, ne l’entendent pas de cette oreille !



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