Histoire : « Martyrs de la dhimmitude »,

Rédigé le Samedi 17 Décembre 2016 à 15:26 | Lu 135 fois


02-07-2009 _ 19/06/09
En terre d'islam, la dhimmitude chrétienne
se paye au prix de la vie
Original italien : "Nel medio oriente la dhimmitudine cristiana si paga con la vita. Intervista a Bat Yeor", Foglio, 17 juin, page 3, repris sur le site de « Informazione Corretta ».
Traduction française : D.E. Guez


(Lire ces informations sans colère, qui serait absurde. Sans haine tout en sachant que l'on nous parle là des ennemis de la foi chrétienne : ce serait contrraire à ce que demande le Christ, rien d'autre que les aimer. Les aimer, non pour dire qu'ils ont raison de persécuter les chrétiens du Moyen Orient, mais pour prier afin que la grâce de Dieu les illumine et les convertisse.)

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Rome.

Au lendemain du 11 septembre 2001, les télévisions du monde entier ont retransmis une vidéo de propagande d'Al Qaïda. On y voit une escouade de terroristes qui fait irruption dans une maison, ils marchent sur un étendard noir et s'entraînent à tirer contre une cible, cette cible est une croix chrétienne. Comme celle, petite, de bois, que portait autour du cou Ishtiaq Masih. Imaginez que vous êtes en train de parcourir en autobus la vallée pakistanaise du Pendjab. L’autobus fait une halte, vous vous arrêtez dans une auberge, vous commandez un thé. Puis vous allez payer et le propriétaire remarque que vous portez une  croix autour du cou car vous êtes un des nombreux chrétiens pakistanais comme l'évêque anglican Michael Nazir-Ali. Quelques sous-fifres islamistes vous disent qu'à l'entrée de la pièce il y a un écriteau qui met en garde : « Ici nous servons seulement les musulmans ». Vous avez rendu impure une tasse à thé, réservée aux musulmans ! Ils commencent à vous frapper avec des bâtons et des pierres, vous implorez leur pitié, mais vous mourrez peu après des suites de vos blessures. Ceci est arrivé à Ishtiaq. 
Il y a 11 ans, à l'occasion de l'ouverture, au Vatican, du Synode des évêques d'Asie, Joseph Coutts, évêque pakistanais de Hyderabad, a prononcé des mots tragiques sur les chrétiens d'Orient : 
« L'attitude prédominante dans les pays musulmans est de considérer les chrétiens comme des 'dhimmis', des traîtres. L'islam ne peut pas et ne doit pas être mis dans la même catégorie que l'hindouisme, le bouddhisme, que le shintoïsme. L'islam est une force politico-religieuse avec des tendances expansionnistes ». 
Quelques jours avant le discours de Coutts, l'évêque de Faisalabad, John Joseph, s'était tiré une balle dans la tête, devant un tribunal dans lequel un chrétien accusé de blasphème venait d'être condamné à mort. 
Aujourd'hui comme alors, le monde a fermé les yeux sur le sort tragique des chrétiens dans les pays musulmans. Aujourd'hui, leur persécution systématique est accompagnée d'un silence absolu et complice de la part de la communauté internationale, des militants des droits de l'homme, des médias et des organisations non gouvernementales. Peu de jours après les paroles du Pape Ratzinger sur « un État palestinien », des militants islamistes ont profané 70 tombes de chrétiens palestiniens.
Ceci est arrivé dans le village de Jiffna, non loin de Ramallah, le fief de l'Autorité Palestinienne d'Abou Mazen. La Madone de Jiffna a été vandalisée à la tête et aux mains, elle est le symbole de ce que Benjamin Sleiman, l'archevêque catholique de Bagdad, a appelé « l'extinction de la chrétienté au Moyen-Orient ».
Depuis la Première Guerre mondiale, 10 millions de chrétiens ont été contraints à émigrer de tout le Moyen-Orient. Et, comme l'explique Monseigneur Philippe Brizard, Directeur Général de l'Oeuvre d'Orient, la célèbre organisation française dédiée aux chrétiens du Moyen-Orient, « la radicalisation de l'islam est la principale cause de l'exode chrétien ». 
Il fut un temps où, dans les Territoires palestiniens, vivaient 20 % de chrétiens, aujourd'hui ils ne sont plus que 5 %. En 1920, en Turquie, il y avait 2 millions de chrétiens, il n’en reste que quelques milliers. Au début du siècle dernier, les chrétiens constituaient un tiers de la population syrienne, aujourd'hui, ils sont moins de 10 %. En 1932, les chrétiens constituaient 55 % de la population libanaise, aujourd'hui, ils sont sous le seuil des 30 %.
L'Iran traverse la phase la plus obscurantiste de ses rapports entre le christianisme et la révolution islamiste, commencée en 1979, quand l'ayatollah Khomeiny a exigé la fermeture immédiate des écoles chrétiennes et donné un mois à tous les religieux étrangers pour quitter le pays. Le parlement iranien est sur le point de voter une loi qui prévoit la peine de mort pour une personne, née de père musulman, qui décide de se convertir.
Jusque sur le frontispice du "Ketob-e Ta’limate Dini", le manuel d'instruction religieuse utilisé par les chrétiens, on trouve la photo de Khomeini. L'épuration ethnique des peuples indigènes du Moyen-Orient est en cours. La diversité du Moyen-Orient sera réduite à la plate monotonie d'une religion unique, l'islam, et d’une poignée d'idiomes. Quelques-unes des victimes massacrées lundi dernier au Yémen appartenaient à une mission évangélique. Après l'attentat du mois de mars contre un groupe de sud-Coréens, Al Qaïda avait expliqué très clairement dans un communiqué : 
« Ils apportent la corruption dans notre terre et y jouent un rôle dangereux par la diffusion du christianisme ». 
Entre temps, l'organisation « International Christian Concern » a fait état de la découverte du corps d'un jeune chrétien pakistanais, retrouvé martyrisé dans un canal de la région du Pendjab. Il s'appelait Litto et était amoureux d'une jeune musulmane. Les frères de la jeune fille lui avaient imposé de se convertir à l'islam. Litto a refusé. Il a été poignardé à l'estomac et dans les parties génitales. Entre-temps, à Karachi, une des grandes métropoles pakistanaises, un enfant chrétien de 11 ans, Irfan, se faisait tuer devant son église.
C'est Mario Rodriguez, le directeur des Oeuvres missionnaires pontificales au Pakistan, qui a révélé cette nouvelle, il a lancé un appel au monde : 
« Les talibans rôdent, menaçants, dans les quartiers chrétiens de Karachi, en terrorisant les femmes et en invitant les gens à se convertir à l'islam sous peine de mort ». 
A Quetta, une école pentecôtiste a été fermée après une menace d'attentat kamikaze. A Banu Cantt, une église historique dédiée à saint Georges a été attaquée, les bibles brûlées, la croix démembrée et l'autel détruit. Après leurs attaques contre les chrétiens, les guérilleros ont laissé des inscriptions sur les murs des églises : "Taliban zindabad", "Islam zindabad" (« longue vie aux Talibans, longue vie à l'islam ») et « Christians Islam qabol karo » (« Chrétiens convertissez-vous à l'islam »).
Les non-musulmans doivent payer une taxe aux Talibans s'ils veulent continuer à pouvoir vivre dans leurs maisons. La « Jizya » imposée aux chrétiens, aux hindous et aux sikhs, consiste en un versement annuel de 1000 roupies par tête, un peu plus de huit euros ; en sont exemptés les femmes, les enfants et les handicapés. Tous les membres des minorités doivent la payer pour avoir le droit de vivre, autrement ils sont contraints d'abandonner les maisons et les villages dans lesquels ils vivent depuis toujours.
La dernière jeune fille copte enlevée et convertie de force à l'islam s'appelle Nermeen Mitry. Elle a été récupérée le jour même par sa famille, qui avait lancé des recherches pour la retrouver. Nermeen a été enlevée dans le village d’El Mahalla par un musulman, Hossam Hamouda, avec la complicité de sa tante, Leila Attia. Une centaine d'islamistes, armés d'épées et de bâtons ont attaqué les cinq membres de la famille de la jeune fille et n’ont laissé le village qu’après que les Coptes aient été contraints de se réconcilier avec l'auteur de l'enlèvement. 
« Pour chaque coup qu'ils nous donnaient, ils chantaient : ‘il y a un seul Allah’. Ils nous tiraient en dehors des voitures en nous disant : 'sortez, disciples de la religion du chien' » !
Des Coptes chrétiens viennent d'être tués à Hagaza, sur la rive du Nil, pendant qu'ils revenaient de l'église. Ceci s'est produit pendant qu'au Caire, non loin du village copte, Barak Obama prononçait ses paroles retentissantes sur le respect réciproque. 
C'est du Caire que s'est enfuie, en 1955, Bat Ye’or, qui signifie en hébreu « fille du Nil ». Elle est l'auteur du best-seller, Eurabia, édité par Lindau. Elle revient avec un essai « Le Califat Universel », toujours chez le même éditeur. C'est la spécialiste de la "Dhimmitude", la condition des non-musulmans dans l'islam. Oriana Fallaci a repris dans ses écrits le terme « Eurabia » et lui a donné une résonance mondiale. 
« C'est quoi la dhimmitude ? Et pourquoi personne n'en parle ? Ces deux questions sont pour moi liées » dit Bat Ye'or à Foglio
« La Dhimmitude fait partie du djihad, c'est une condition théologique, politique et juridique. L'oppression et la persécution des infidèles, y compris juifs et chrétiens, c'est la juste punition réservée aux 'kuffar' (infidèles) qui refusent de reconnaître la vérité de l'islam. Ce sont des peuples vaincus, victimes du djihad, dépossédés de leur histoire, de leur culture, de leur identité, de leur tradition, ils ont perdu leurs références, leur histoire, comme les Coptes en Égypte. Ils se sentent inférieurs aux musulmans, ils sont traqués et cela alimente leurs sentiments de soumission et d'infériorité, ils deviennent humbles. C'est un sentiment de vulnérabilité permanente. Pendant plus d'un millénaire, le djihad a constitué la force militaire et politique qui a soumis et, dans la plupart des cas, anéanti les civilisations zoroastrienne, chrétienne, indienne et bouddhiste en Afrique, en Europe et en Asie. Tous ces aspects ont transformé ces peuples. Si vous allez leur expliquer la dhimmitude, ils réfutent cette vision, ils ont peur, ils sont conditionnés par leur infériorité. Ils ne se mettent pas en relation d'égalité avec les musulmans. Il est permis d'affirmer que la négation des souffrances des victimes du djihad et de l'impérialisme islamiste est une forme de racisme qui fait de ces persécutés des êtres humains de seconde catégorie. 
Pourquoi n'en parle-t-on pas ? Parce que le monde musulman, représenté par l'Organisation de la Conférence Islamique, qui est une sorte de Califat moderne, n'accepte pas les critiques du djihad, qui est une guerre parfaite, ni celle de la dhimmitude, Parce que le djihad, la sunna, la charia, tout l'islam sont parfaits et ne tolèrent aucune critique. L'humiliation subie par les chrétiens et les dhimmis n'est pas critiquable. L'Occident a peur du califat et vit dans son ombre.
La dhimmitude est une histoire taboue en Europe. Et comme les dhimmis, nous finissons par être incapables d'aider le monde musulman dans la critique de sa politique envers les non-musulmans. C'est nous qui obligeons le monde musulman à continuer dans cette voie. On ne doit pas parler de la dhimmitude.Pendant des années, j'ai été moi-même boycottée parce que je voulais parler de cette histoire. Mais il y a des musulmans qui m'ont remerciée d'avoir raconté l'histoire de la dhimmitude.
Il y a ceux qui, comme Obama au Caire, adoptent une attitude envers le monde musulman, non pour protéger les chrétiens, mais pour des raisons politiques, économiques et tactiques. Ensuite, il y a des chrétiens qui vivent dans le monde musulman, les survivants du monde arabe, qui ont peur de se mettre en danger parce que ces communautés vivent en situation de grande vulnérabilité. Avant de publier mes écrits, j'ai demandé la permission à mes amis égyptiens. J'étais prête à ne pas les publier, je savais que je pouvais les mettre en danger. Ils m'ont dit : si tu ne l'écris pas, nous sommes perdus ».
Bat Ye'or raconte le climat actuel de haine et de persécutions. 
« L'Égypte conserve la loi qui punit l'apostasie de la peine de mort, les chrétiens convertis à l'islam ne peuvent pas revenir au christianisme, ceux qui dénigrent l'islam sont arrêtés. Les Coptes, constamment écartés, menacés, humiliés, sont contraints d'abandonner leur patrie antique ; pour construire et réparer les églises, il faut un permis, qui est rarement accordé ; les chrétiens sont souvent attaqués, leurs commerces sont fréquemment saccagés et les femmes, souvent violées. Les juifs originaires d'Égypte qui sont revenus en touristes dans les lieux d'une présence multimillénaire ne sont même pas autorisés à photographier les vestiges de leur histoire.
La religion bahaïe n'est pas reconnue et ses fidèles sont privés de leurs droits. Ces lois millénaires dérivées de la charia sont appliquées, plus ou moins strictement, dans tous les pays musulmans du monde. La condition de dhimmitude a transformé des peuples libres et majoritaires dans leur pays, créateurs des civilisations les plus raffinées et puissantes de leur époque, en minorités amnésiques de rescapés soumis à l'humiliation, à l'insécurité et à la peur.
La colonisation musulmane, par ses conquêtes, a opéré la destruction de peuples et de cultures indigènes, la réduction des habitants en esclavage ; elle a procédé à des expulsions, des expropriations, des massacres, des conversions forcées, et la dhimmitude, c'est-à-dire un ensemble de lois discriminatoires et humiliantes, pas très différentes de l'assujettissement. Aujourd'hui, la dynamique et l'idéologie qui donnèrent l’impulsion à ces transformations sont encore actives à tous les niveaux. Et peu de personnes réussissent à les distinguer actuellement parmi les changements en cours en Europe, car ils en ignorent l'histoire et les mécanismes. Aujourd'hui, l'histoire de la dhimmitude, c'est-à-dire l'analyse des interconnexions politiques, économiques et sociales qui conduisirent inéluctablement les peuples qui sont la cible du djihad, à la décadence et à la désagrégation, est une histoire interdite en Europe. Cette occultation est motivée par le refus des pays musulmans de reconnaître que leur histoire est faite d'impérialisme, de colonisation, de réduction en esclavage et d'oppression comme l'ont reconnu les historiens des Etats européens et des Etats-Unis, par respect pour leur passé. Il est donc très important d'avoir le courage d'en parler, sinon, notre tour viendra, à nous les Occidentaux, d'être les prochains dhimmis.
Ce sera notre punition, parce que nous avons été insensibles à la souffrance de nos frères. Je crois en la justice, si nous ne sommes pas généreux envers cette histoire de persécutions, notre égoïsme sera puni. À Doubaï il y a 2000 chrétiens originaires de Gaza. Des réfugiés dont on va jusqu’à ne jamais mentionner l’existence, exactement comme pour les juifs exilés en masse des pays arabes. 
Qui connaît le nom de Rami Ayyad ? C'était le responsable de l'unique librairiechrétienne de Gaza, liée à l'organisation protestante, "Palestinian Bible Society". Il a été poignardé à mort. Les frères ont dû l'emporter au cimetière de San Porfirio dans un cortège funèbre sans croix. Sa femme Pauline a écrit une très belle lettre, "à mon doux mari, le martyr Rami Ayyad".
 

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