« LETTRE à QUELQUES QUEBECOIS », de Dominique DAGUET (1988 ou 1989)

Rédigé le Lundi 25 Avril 2016 à 15:39 | Lu 167 fois


Je me suis rendu au Québec en 1985 afin de concevoir et préparer le numéro de ma revue Cahiers Bleus « Lettres du Québec ». J'étais alors resté dans la Belle Province plus de cinq semaines… dont huit jours pris à visiter le Nouveau Brunswick, le Manitoba, l'Ontario… cela en vue de préparer un autre numéro titré « Îles de langue française en Amérique du Nord ». La moisson de contacts, d'invitations, d'entretiens fut si considérable que, plus de trente ans après, j’en garde un très heureux souvenir, fondé sur cette vivifiante « immersion » chez nos « chers cousins », auxquels je rendis deux autres visites : la première, en 1989, qui eut pour but essentiel, d'être présent au Salon du Livre de Montréal pour le lancement de mon livre « Lexique d'un Bègue » publié par les éditions du Beffroi à Québec, fondées par Michel Brindamour, devenu depuis un ami... ; la seconde afin d’assister en 1997 ( ?) à un autre lancement, celui de l’entreprise de l'ami Michel Dubois, basée sur un concept favorable aux inventeurs - la « Propriété intellectuelle généralisée aux inventions » -, concept sur lequel j'avais, en 1990 et 1991, aux côtés de Michel, alors à Orléans, passé beaucoup de temps… et en 2002, je fus par l’entremise de cet autre ami très cher, Fernand Ouellette, l’un des grands écrivains du Québec et de toute la Francité, à écrire, pour les éditions Fides de Montréal, un livre sur « Bossuet, chercheur de Dieu ». Ainsi ai-je pour toujours « mis deux pieds » sur le sol de ces amis lointains… Puis-je écrire sans honte que j’en ai mis là-bas deux de plus, tel un vrai pachiderme, avec le cahier bleu déjà cité et cette « Lettre aux Québécois » ?


Lettre à quelques québécois ?

« Cette lettre, je ne devrais pas l’écrire ni vous l’envoyer, je n’aurais même pas dû y penser. (De quoi se mêle-t-il, diront certains ?) Pourtant, il m’est impossible de garder le silence, même si les mots que je dépose ici doivent ne pas faire plus de bruit qu'un flocon de neige tombant sur l'eau d'un de vos cent mille lacs. Comment les garderai-je, qui sont en moi plus virulents que des larmes ?

Venant de si loin vers vous ! (les ailes que nous donne l'avion ne changent rien aux grandes variations de l'espace et du temps. Je vis au pied d'une cathédrale gothique et vous aux portes de l'immense prairie, siège d'un pandémonium aux couleurs de la réussite et de la domination. Aussi bien je parle d'abîme, même si je vois des bureaux de métal s'installer en face de mes verrières divines : car si les mots sonnent de même en nos palais de pierre et de chair, notre histoire rompue nous fit longtemps grandir en des ailleurs sans liens, sans passerelles que des idées reçues, des lieux communs nous faisant croire frères alors qu'ils s'éloignaient sans cesse à la façon des galaxies).

Ainsi tant de jours, d'oublis, d'événements, tant de cheminements distincts! Nos livres d'histoire se rencontrent peu et jamais autant qu'en ce siècle où deux guerres vous firent avoir compassion pour le vieux pays à l'agonie. Si quelques-uns des vôtres accomplirent à rebours l'ancien voyage et vinrent mourir chez nous afin d'assurer notre liberté, ce ne fut pas par la seule grâce de qui n'avait eu d'autre souci que votre dispersion et votre effacement. Si le génocide médité sur cent cinquante ans n'eut point lieu, ce fut à cause d'un entêtement dont je garde en moi l'admiration comme d'un haut fait parmi les plus beaux, entêtement dont firent preuve vos pères malgré la servitude et la soumission culturelle.

Les expériences de nos deux peuples cousins – frères aussi bien ! – les firent s'avancer dans le cosmos en les projetant vers des accomplissements sans beaucoup de points communs, hors cependant les mots que nous gardions jalousement comme un trésor de guerre, comme un viatique en cas d'inéluctable, les mots d'une langue mère, éducatrice universelle, soucieuse de ne jamais en elle perdre de vue les amers de l'esprit.

Il a suffi que nous nous retrouvions, il y a peu, grâce à un de ces tours de l'histoire (de ses détours hasardeux), pour que nous nous prenions, ici et là-bas, à prophétiser des lendemains de gloire. « Les fils sont la gloire des pères ».

Retrouvés ! À la fois si fraternels et hésitants. Le sourire encore trop contraint : les souvenirs se sont nourris trop longtemps d'un pain d'amertume chez vous, de lâchetés chez nous, quand il ne s'agissait pas d'un orgueil d'imbécile, comme tous les orgueils, pour que l'amour (cependant au rendez-vous de cette fin de siècle) soit sans remords, ou illusions, comme sans vindictes. Sans aveuglements de part et d'autre, clichés plus ou moins sots, alimentés par des voyages trop rapides qui font souvent prendre pour des défauts de simples habitudes différentes.


 

Dessins de F. Toupin, in Cahiers Bleus Lettres du Québec
Dessins de F. Toupin, in Cahiers Bleus Lettres du Québec
Retrouvés ! Si sûrs de vous, abreuvés aux sources de l'enthousiasme comme de l'action — cette action secrètement désirée à travers les siècles et portée par le silence douloureux des pères et mères enfouis dans les grandes terres et dont vous perpétuez les noms avec une filiale et tendre naïveté.

Puis soudain si bouleversants dans votre inquiétude qui fait s'arrêter votre geste, comme si la voix gonflée de tant de paroles non dites — voyez la hâte de vos poètes en même temps que leur virulence, mais aussi votre circonspection qui vous fait hélas ! hésiter au milieu du gué... — ne parvenait pas à oublier que vous fûtes d'abord et avant tout humiliés dans votre langue. Le Speak white de toujours ! Vous étiez habités par une reine que des usurpateurs obligèrent à vivre en exil dans le royaume qu'elle s'était conquise.

Si actifs êtes-vous pour le quotidien : si lancés dans l'effort, si capables dans le mouvement ! Mais si infirmes pour la longue vue, le long terme ! Perspicaces pour dénouer, jour après jour, les trames anciennes et décevantes, mais tout à coup aveugles pour les grands desseins, les visions augurales ! Soulevés pour les exploits des vôtres à travers votre histoire, mais rétifs à suivre ceux qui osent défricher plus loin que l'immédiat !

Si méfiants jusqu'à l'absurde dès qu'il s'agit de vous demain ! Tellement entravés de bandelettes, enfouis encore —jusqu'aux réflexes — dans la mémoire d'une soumission rejetée mais toujours présente malgré votre redressement superbe, votre affirmation de vous-mêmes, alors qu'un instant vous aviez pensé (et nous suivions cela comme un acte inouï d'audace sereine et féconde) devenir pour toujours les maîtres de votre destin comme nous-mêmes, malheureux que nous sommes, pouvons penser l'être restés.

(D'Amérique vous êtes, jusqu'à la déraison parfois, mais quelque chose en vous est demeuré si profondément français que nous en sourions quand vous tentez d'arracher de vous les traits mêmes de votre visage.)


 

L'une des 140 pages en A4 du cahier « Lettres du Québec »
L'une des 140 pages en A4 du cahier « Lettres du Québec »
Sont-ils si indéracinables — et pardonnez-moi les questions à la fois si dures et si amoureuses — les siècles de domination ? La férule de l'autre fut-elle si douce ? Sa voix, mâchant les mots de commandement et d'exil, si légère à entendre ? Son assurance, nourrie de votre propre déchéance — et nous avions grande part à celle-là qui vous avions trahis, prenant pour signes du destin l'acharnement de la nature à nous être hostile —, fut-elle si plaisante à subir ? Le Speak white du commerce ne vous a-t-il donc pas suffi, vous qui par la France preniez racine en Rome, Athènes et Jérusalem ?

Faut-il que l'incertitude en vous soit à ce point ancrée, quasiment viscérale, que vous ne sachiez plus reconnaître les signes et insignes de votre redressement, à peine les aviez-vous conquis ? Aviez-vous pris goût si fort aux habitudes des serviteurs, au salut au drapeau de l'autre, à ses marques « governatorales », à ses vaisselles de princes ? La révérence à ses pouvoirs, l'usurpation de ses serments, la séduction de ses oboles ont-t-elle réussi à pervertir la noblesse (la seule noblesse) de la vieille paysannerie des provinces aux fleurs de lys ? Faut-il que nous puissions croire qu'aujourd'hui les seules sonneries dignes de nos hourras soient celles des tiroirs caisses ?

Que signifierait l'égalité si l'on ne disposait pas des moyens qu'elle implique ? Si l'on devait attendre de l'autre seul les manifestations de sa bonne volonté ? ( II n'en est point, nous le savons, qui ne doive d'abord être quelque peu forcée.) Vos pères — si je me souviens bien, amis des bords du Saint-Laurent — pensaient qu'un jour le Québec aurait à exercer une mission au cœur même de cette Amérique arrogante (même si fascinante), qui ne songeait qu'à les réduire, cette Amérique totalitaire quand il s'agit de la seule puissance qu'elle reconnaisse, le « fric ».

Peu importe la nature de cette mission, peu importe que vous ne sachiez encore en reconnaître les termes. Nul ne se trouve vraiment qui, dans la nuit, médite sur son retour à la lumière : il sait qu'il apparaîtra nimbé d'une aura irréductible et révélatrice. Et sans doute vos pères nourrissaient-ils le cœur de leur peuple d'un pain super-substantiel, car un peuple qui ne se reconnaît pas de mission plus haute que le quotidien, ce peuple peut se dire à l'agonie. (Mais avoir une mission dans l'histoire a-t-il un autre sens que celui-ci : s'en donner une, même si dans le même mouvement de l'esprit on devine qu'on l'accepte entière surgie de son histoire ?)


 

Dessin de Roland Giguère, in le cahier « Lettres du Québec »
Dessin de Roland Giguère, in le cahier « Lettres du Québec »
Cette espérance, d'une fierté plus forte que l'orgueil du maître, donnait sens à leur vie, car elle justifiait leur mort. Elle rendait vos pères libres dans leurs maisons fermées. Derrière leurs volets, chaque jour, ils instituaient des communautés libres. L'abandon qu'il me semble, navré, deviner aujourd'hui, alors que je vois à vos mains des outils de conquête, vous rendrait plus esclaves, plus colonisés qu'ils ne furent jamais. Ce serait — j'ose ces mots en tremblant — trahison pire que l'errance aux temps de la tête baissée et de la gorge muette, car à l'intérieur d'une tradition de soumission, votre libération était toute en germe, fruit d'une obstinée confiance en votre résurrection. Oui, vos pères, coupables selon certains de trop d'allégeances, gardèrent au moins la foi dans la pérennité du peuple qu'ils avaient ensemencé sur la grande terre.

Mais vous, à peine élevés de l'ombre à la lumière, arrachés de la servitude, promis à un avenir à vos couleurs, vous creusez-vous vraiment une nouvelle tombe, et cette fois sans que l'aiguillon du vainqueur ait à forcer le mouvement de vos bras ? La peur du présent vous ferait-elle sacrifier l'avenir auquel vous vous devez ? Quand vous étiez morts, la seule vision des responsabilités futures vous mettait debout. Allez-vous les fuir à cause d'une allégeance étrangère ? Du souvenir d'un serment extorqué qui ne vous obligeait donc en rien ?

Car nul avenir pour celui qui se corrompt au point d'oublier qui il est, qui il fut et du même mouvement qui il sera. Nul avenir, s'il n'est semence déjà dans les jours vécus au présent. (Notre éternité se prépare aujourd'hui.) Cette disposition de vous par vous-mêmes et dont il me semble apercevoir, le cœur plus serré que dans un étau, que vous refuseriez peut-être d'en assumer les plus beaux risques (hors de toute assurance, il est vrai, mais nul ne peut croire sérieusement en aucune sécurité : le malheur est habile à nicher dans les bonheurs les plus évidents), voici qu'elle vous est retirée peu à peu, grain à grain, règlement après règlement, procès inique par procès inique, amendement par amendement, disposition après disposition déterminées par Ottawa … après Washington !


 

Page de Gaston Miron in le cahier Lettres du Québec
Page de Gaston Miron in le cahier Lettres du Québec
Sans souffrances, dirait- on, comme si le corps même du Québec était tout entier anesthésié ! Sans blessures profondes, comme si l'être spirituel qui anime cette personne nommée Québec avait pu être la victime d'un hypnotisme pervers ! Ah ! comme ma joie serait grande — et celle, n'en doutez point, d'un nombre immense de par l'univers — si je me trompais vraiment ! Mais quand l'autre, qui sans troubles ni hésitations, sans inquiétudes ni doutes va sur sa lancée séculaire, aura repris tout ce que vous lui aviez si légitimement arraché, retiré, vous ne pourrez que constater, réduits à l'impuissance, votre nudité extrême. Vous constaterez que votre tombe aura été pillée — avec tout son mobilier sacré, votre imaginaire fondateur, vos mythes justificateurs, vos symboles fécondants. Il sera trop tard alors, et à votre nom lancé dans l'espace plus personne ne répondra, même pas vous-mêmes. Vous aurez fait cela sans l'avoir pensé, sans l'avoir prévu, sans l'avoir voulu, ayant seulement craint ce qui jamais ne se doit craindre, l'adversité présente. Vous l'aurez fait pour une poignée de dollars, une poignée de cendre, les « trente pièces du champ du potier » que de toutes façons vous n'auriez pu perdre, le nécessaire allant toujours à ceux qui ont pour visée de l'outrepasser même dans les difficultés. Surtout dans les difficultés.

Ecoutez-moi encore un instant qui prononce ces mots assis face au fleuve Saint-Laurent, adossé à la citadelle déchue qui ne put assurer votre protection. Un goéland placide me regarde du haut d'un triple lampadaire. L'emblème à feuille d'érable s'agite dans la brise si douce qui me repose du soleil trop ardent de l'après-midi : mais mon cœur ce soir est bleu du bleu de l'oriflamme marquée à la fleur de lys. Est-ce une fatalité inscrite aux pages de l'Histoire que la trace féconde de ce qui s'est fait en français sur cette terre d'Amérique du Nord doive se perdre ? (Vous ne fûtes pas toujours tendres avec les Amérindiens, mais j'ai le souvenir de complicités exemplaires et nombreuses...)

Est-ce une nécessité impérative propre à cette langue que tout ce qui s'énonce ici en anglais ne le puisse qu'en commettant le sacrilège de l'offense à l'autre ? (Le goéland pousse trois cris qui sont comme des pleurs : peut-être se souvient-il d’un ancêtre qui fut témoin des massacres de métis, là-bas, du côté de Saint-Ignace ?)

La violence de l'inégalité — que rien ici n'imposait, l'espace étant si vaste et les ressources à la mesure de besoins plus considérables encore — serait-elle consubstantielle à cette langue où l’adjectif se place avant le nom, elle qui se veut l’ennemie de la vôtre, de la mienne ? Ne peut-elle avancer qu'en effaçant ? Serait-elle marquée du signe du Moloch ? Seulement apte aux rites de Baal ? Lui faut-il pour s'élever l'abaissement de l'autre ? Ne peut-elle exister qu'en se reconnaissant génocidaire en même temps qu'impérialiste ? Si je suis excessif – et je le suis assurément – c'est sans doute que j'ai le nez au sol et que je vais flairant ici des pistes tragiques, qui le sont autant pour vous que pour l'autre. Pistes d’il y a longtemps ; pistes qui retrouvent aujourd’hui des traces allant de tombe en tombe.

Les grandeurs rêvées ne pourront jamais être les fruits de telles pratiques infernales.

L'avenir de notre civilisation sera un avenir de mort s'il doit n'être qu'une uniformisation : le salut même de l'anglais — sur ce continent américain — ne peut s'imaginer que par le salut du français.

Dans le vaste creuset du cataclysme barbare qui s'organise sous nos yeux, déferle sur nos têtes (combien plus sur celles de nos enfants), cataclysme réducteur, coupeur de têtes, négateur de l'absolu, aveugle de l'esprit, vous étiez, vous êtes encore pour un peu de temps le catalyseur nécessaire d'une affirmation spécifique, d'une différence irréductible, d'une vision tout autre, d'une tout autre méthode de l'esprit, affirmation de l'être : et cette affirmation est l’essence même de la nature qui nous est allouée.

Si vous quittiez ce poste que l'Histoire ou le Destin ou la Providence vous propose (ou bien cette vaste communauté de peuples qui usent des mêmes mots pour traduire leurs passés, leurs mythes, leurs désirs, leurs espoirs), vous nous trahiriez plus profondément, plus essentiellement que nous-mêmes lorsque nos bateaux, réduits à si peu, reprirent la mer pour remonter vers le Levant, après que nombre d’entre eux eurent périt sous la main furieuse des vents en s’en venant vers vous aux limites du Couchant. (Oui, notre salut, amis, dépend aussi du vôtre).

Si vous abandonniez ce créneau, cette veille ardente — et cela n'a rien à voir avec la grossière et obtuse volonté de puissance —, si vous délaissiez ce guet capital que la langue française est capable de tenir et d'exprimer aux avant-postes de la civilisation toujours à bâtir, refaire, découvrir, si vous vous retiriez de cette observation qui reste à dire, à tirer même du plus profond des sciences comme des arts, si vous décidiez de n'entretenir plus ce grand feu de la Saint-Jean que quelques-uns de vos poètes ont allumé au cœur de notre nuit commune, ce serait consentement à votre mort et à la nôtre. Après avoir résisté victorieusement à de multiples tentatives de génocide, vous accepteriez d'être les auteurs de votre suicide. Hélas ! Nombre de vos enfants l'ont compris à leur tragique manière, ne sachant plus comment vous dire ce qui est à proprement parler indicible.

Alors vous deviendriez des Américains états-uniens ordinaires auxquels il ne serait même pas nécessaire de donner la parole, puisque c'est en muets que vous en seriez arrivés là. Des Américains états-uniens ordinaires à l'heure même où cela commence à ne plus rien vouloir dire. En effet vous abandonneriez la proie glorieuse pour l'ombre d'un tombeau. (Le citoyen des Etats-Unis est des plus respectable, mais ne peut plus rien sur ce que l’on nomme « leur » pays, celui qui s’attache d’abord et avant tout à garder sa vieille part prépondérante dans le PIB de l’Univers !)

Si je vous écris ces lignes, amis appartenant à un peuple que des juges étrangers vont à coup d'attendus incontrôlables, d'analyses suspectes, au nom d'intérêts des mieux compris, d'habitudes trop ancrées pour être véritablement suspendues, transformer bientôt en une simple « société distincte » pour ne pas dire anonyme, c'est que mon angoisse et mon trouble, ma profonde anxiété se doublent d'un pressentiment sauveur. Dans l'Amérique états-unienne à la langue dorée, vous ne serez jamais que de perpétuels assujettis : le temps pris à perdre ce que vous avez de trop français pour être vraiment conformes, d'autres l'emploieront mieux que vous et toujours contre vous. Tandis que si vous compreniez qu'accentuer la différence, la brandir dans la fierté, l'organiser dans toutes ses conséquences, j'ose dire l'exploiter comme une mine aux innombrables filons, ce serait en vérité exercer à votre tour l'efficace savoir-faire de vos voisins, mais dans la perspective de ce qu'il vous faut enfin considérer, la civilisation à ensemencer, et qui attend quelque chose d'essentiel et de nécessaire de tout l'espace où l'on travaille, pense et s'exprime en langue française, où l'on réfléchit, contemple et agit en langue française.

 
(Publiée par la revue Le Beffroi approximativement en 1988-89)

Page de Robert Marteau dans ce cahier « Lettres du Québec », en lui rendant ce rapide hommage, lui, poète dont il faut se souvenir, qui vient de prendre le grand large de l'outre-vie.
Page de Robert Marteau dans ce cahier « Lettres du Québec », en lui rendant ce rapide hommage, lui, poète dont il faut se souvenir, qui vient de prendre le grand large de l'outre-vie.
Le numéro de la revue Cahiers Bleus consacré aux « Lettres du Québec » (publié à la fin de l'an 1986) peut toujours être commandé au Parvis des Alliances, Basse Ville Trouvée, 49080 BOUCHEMAINE, au prix de 20 €, port compris (volume de 140 pages au format A4).

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