« MOYEN-ORIENT : redistribution des cartes », par Marc Fromager - directeur de l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

Rédigé le Jeudi 21 Avril 2016 à 15:08 | Lu 205 fois


S’il y a une personne au monde susceptible de comprendre ce qui s’est passé et ce
qui continue de se passer en Syrie et en Irak c’est bien le responsable de l’« Aide à
l’Eglise en Détresse », étant donné l’aide apportée par l’AED aux chrétiens de ces
pays. Ayant découvert cet article sur l’Internet, il m’a semblé utile de l’inscrire sur le
Parvis des Alliances : il est heureux de mieux saisir le jeux complexe des parties
concernées. Où l’on voit par exemple à quel point notre propre pays n’a rien
compris à moins qu’il ne s’agisse que de choix opérés sans véritable réflexion,
notamment en ce qui touche à la Justice, au respect des êtres humains victimes de
l’insolence politique dont font preuve l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et aussi
l’Europe.
Dominique Daguet


En date du 15 avril 2016 : Décryptage par Marc Fromager

Marc Fromager, directeur de l'« Aide à l'Eglise en détresse »
Marc Fromager, directeur de l'« Aide à l'Eglise en détresse »

 

 

 

L’intervention russe sur le dossier syrien aura profondément changé la donne

au Moyen-Orient. La coalition arabo-occidentale pour se débarrasser de

Bachar al Assad et reconfigurer la région n’est plus seule. La partie d’échecs

ne fait que commencer tandis que la population continue de souffrir.


 


« Cela fait maintenant un an et demi que l’État Islamique s’est emparé de la

plaine de Ninive, ce qui a provoqué un exode de 1,3 million de personnes dont

125 000 chrétiens qui ont fui vers Erbil, la capitale du Kurdistan, ayant tout

perdu en quelques heures, pour ne pas renier le Christ. L’AED a apporté 7,2

millions € en Irak en un an pour les aider (nourriture, logements et écoles) et

poursuit son soutien. La Syrie est également plongée dans la guerre depuis

2011, et cela a aussi suscité un exode massif (12 millions de déplacés). Pour

expliquer cette tragédie, il nous faut distinguer deux types de responsabilités,

les locales et les étrangères.
 

Première responsabilité locale : la guerre entre sunnites et chiites, qui n’est

pas réellement une dispute doctrinale mais bien plus une lutte entre l’Arabie

Saoudite et l’Iran pour la suprématie régionale. Pour briser l’arc chiite [Iran,

Irak, Syrie (alaouites) et Liban (Hezbollah) qui le menace], l’Arabie Saoudite

cible le « maillon faible », la Syrie, majoritairement sunnite. Objectif : renverser

Bachar al Assad pour mettre les sunnites au pouvoir.

Deuxième responsabilité locale : le projet de gazoduc qatari qui devait

alimenter le marché européen en passant par la Syrie. Le refus de la Syrie,

pour ne pas nuire à son allié russe (dont l’Europe est très dépendante pour le

gaz), a déclenché la guerre. Objectif là aussi : renverser Bachar.

Pour cela, les pétromonarchies ont soutenu, avec la complicité active de la

Turquie, les djihadistes dont sont issus les combattants de l’Etat islamique.

L’exode des chrétiens syriens, qui fuient la guerre, et irakiens, qui fuient l’Etat

islamique, a donc la même source.
 

A ces raisons contingentes s’ajoute une autre responsabilité locale, la

radicalisation de l’islam qui diminue la possibilité même du « vivre ensemble

». Les chrétiens n’y ont tout simplement plus leur place.
 

Les responsabilités étrangères sont également incontournables : les «

guerres du Golfe » (1991 & 2003) sans oublier l’embargo anglo-américain

entre les deux opérations (on estime à 500.000 le nombre d’enfants irakiens

morts en douze ans faute d’accès à des médicaments et à une nourriture

suffisante – on peut parler de génocide) ont évidemment gravement nui à

l’Irak. Les dix années d’occupation américaine (2003-2013) n’ont rien arrangé.

Il semble aussi qu’il existe un plan israélo-américain de redécoupage du

Moyen-Orient basé sur la constitution de zones mono-ethniques et monoreligieuses.

Cela conforterait Israël qui se veut un Etat juif (basé sur une

religion) et faciliterait le contrôle de la région par les Etats-Unis dont la

puissance ne serait plus contrariée.
 

Enfin, il y a l’alignement systématique de notre politique au Moyen-Orient

sur celle des Saoudiens et des Qataris, ce qui explique notre acharnement à

renverser Bachar, alors que notre intérêt serait au contraire de stabiliser la

Syrie pour mettre un terme à l’aspirateur à vocations djihadistes qu’est l’Etat

Islamique. Pourquoi ce suivisme ? On peut imaginer qu’on ait besoin de leurs

pétrole, gaz et investissements ainsi que de leur vendre des armes. Tout cela

crée des liens.
 

Voulait-on vraiment en finir avec l’État Islamique ? Si on avait voulu

résoudre le problème, il aurait fallu exiger de la péninsule arabique, de la

Turquie et de l’Occident qu’ils cessent de soutenir les djihadistes rassemblés

dans le nord-est syrien et réunir autour de la table tous les acteurs de cette

crise, y compris les Iraniens, les Russes et le régime syrien. Rien de tout cela

n’a été fait et nous avons même laissé l’Etat islamique progresser comme lors

de la prise de Palmyre.
 

Fin août, les Russes débarquent avec un tout autre projet : mettre un

terme à la guerre en Syrie. Pour cela, deux priorités : renforcer l’Etat syrien et

attaquer les rebelles, quels qu’ils soient, y compris les soi-disant rebelles

« modérés » auxquels la Russie promet de n’envoyer que des bombes

« modérées ».
 

L’intervention russe met en lumière l’inaction de la coalition et commence à

porter des fruits. Les occidentaux sont obligés d’en faire un peu plus contre

l’Etat islamique. L’Arabie saoudite, elle-même de plus en plus menacée par un

monstre devenu hors de contrôle, en froid avec les Américains (hydrocarbures

de schiste, rapprochement iranien) et impressionné par la détermination russe,

pourrait changer son fusil d’épaule.
 

Les cartes sont donc en train d’être redistribuées. Cela sera-t-il suffisant

pour en finir avec la guerre ? Il y a urgence pour l’ensemble de la population

qui souffre et en particulier pour les chrétiens dont la présence même est en

jeu.

Marc FROMAGER,

directeur de l’AED.

(article paru dans le magazine de l’AED:

https://www.aed-france.org n° 177)


AED : que fait cette Fondation de droit pontifical ?

L’AED a été fondée en 1947 dans un esprit de réconciliation. Fondation internationale de droit pontifical, elle ne vit que de dons.

L’AED est une fondation internationale de droit pontifical fondée en 1947, au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, par un religieux hollandais, le P. Werenfried. Elle soutient les chrétiens dans le monde, là où ils sont confrontés à des difficultés matérielles ou à des persécutions.


La mission de l’AED était au départ localisée en Allemagne et Europe de l’Est. Elle s’est développée au fil des années et en fonction des besoins et des appels des papes successifs en Asie, en Amérique latine, en Afrique puis au Moyen-Orient. En 2015, l’AED compte 21 pays donateurs, dont la France.

Les trois missions de l’AED, définies par son fondateur, sont :

  • informer sur la situation des chrétiens et sur l’état de la liberté religieuse dans le monde
  • prier pour les chrétiens qui souffrent
  • partager c’est-à-dire soutenir financièrement des projets en lien avec l’Église locale.

Aujourd’hui, on estime que 75% des victimes de la persécution pour motifs religieux sont des chrétiens et que 200 millions de chrétiens ne peuvent pas vivre leur foi librement.

L’AED finance plus de 5000 projets par an dans 150 pays. Les aides de l’AED sont avant tout pastorales et répondent toujours aux demandes des évêques locaux (aide de séminaristes à travers des bourses d’étude, construction d’églises, diffusion de bible en langue locale). Depuis quelques années, l’AED déploie également des aides d’urgence auprès notamment des réfugiés : par exemple plus de 4 millions pour les réfugiés irakiens depuis l’été 2014, et plus de 6 millions pour les réfugiés syriens depuis le début de la guerre en mars 2011)

Observatoire de la liberté religieuse
L’AED a aussi pour mission de défendre la liberté religieuse dans le monde, qu’elle promeut en tant que droit fondamental de la personne humaine, quelle que soit la religion concernée. Elle agit par ses déclarations et les appels qu’elle lance pour sensibiliser l’opinion publique et les décideurs. Agissant dans 150 pays touchés par la persécution religieuse ou le dénuement, l’AED est un observateur privilégié des enjeux géopolitiques de ces pays. Elle mène un travail de recueil d’informations, de contacts, d’observation et d’analyse de ces situations, et publie un Rapport sur la liberté religieuse dans le monde.


Vidéo : les missions de l’AED 


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