« Poèmes pour Noël », de Claude-Henri Rocquet

Rédigé le Vendredi 16 Décembre 2016 à 22:29 | Lu 94 fois




TROIS POÈMES INÉDITS CHOISIS PAR ANNE FOUGÈRE 
☆ 
Bethléem 
Au secret du cœur,
Dans cette caverne intime
En toi comme un chas d’aiguille Et vaste comme les cieux,
En toi comme un grain de blé Porteur de mille moissons
Plus riches d’épis
Que le ciel d’étoiles,
C’est là que Dieu se fait homme, Te faisant divin.
C’est ainsi que le raisin
Est le corps du vin.
Ne cherche pas Bethléem
En quelque terre ancienne. Bethléem est ton nom même.
Tu es la crèche de Dieu.
Et le bœuf et l’âne
Dont se souvient ton enfance, Leur ombre au mur de l’étable, Vois­les comme des images : L’âne est ta sainte ignorance,
Le bœuf l’œuvre de tes jours, Ton lent travail d’existence.
Les mages de loin venus
Sont les âges de ta vie.
L’un puis l’autre se prosterne Dès le seuil de la caverne,
Leur voyage est accompli.
Il leur semble qu’ils s‘éveillent. Ils allaient vers un château. 
Ce n’est pas même une auberge Dont l’enseigne est une étoile Mais une très pauvre étable. Nulle table n’y est mise 
Pour gens de si haut parage. Tu t’avances les mains vides. Ni or ni encens ni myrrhe. L’or, c’est Dieu qui te le donne. Il est lui­même cet or 
Et la pauvreté ensemble.
Entre en toi, mon enfant, entre, Tes pas errants t’ont conduit Jusqu’à moi qui suis toi­même, Le battement de ton sang. J’entre et me revêts de nuit.
Se peut­il que dans ce noir
Si peu de paille m’illumine ? 

☆ 
Noël de la chouette & du hibou 
« Sortez le nez hors de la couette, Gens du hameau de Bethléem,
Cette nuit n’est pas ordinaire :
C’est la nuit du vingt­cinq décembre, Début de l’ère chrétienne. 

Vous l’attendiez sans l’attendre. Cette nuit n’est pas ordinaire : Les bergers qui dans leur cabane De paille et de pierre sèche Tiennent compagnie au troupeau Qui se tient chaud à lui­même, S’accompagnant de leur pipeau Malgré l’engelure et l’onglée 
Et leurs lèvres que l’hiver gerce, Pieds posés sur la chaufferette, Les bergers qu’appellent les anges, Tous les anges du Paradis, 
Par des chants inventés au ciel, Premier cantique de Noël,
En savent quelque chose ! » dit 

La chouette. 
« Les anges parlent d’un enfant
Qui les attend, là­bas, dans ses langes. Des cloches sonnent un dimanche
Qui n’est peut­être que semaine.
Si elles semblent si lointaines, Lointaines, c’est parce qu’elles sonnent, Tintent, du plus profond des âges.
Mais vous dormez ! Songez à vivre ! Par le carreau de la fenêtre, 
À travers les roses du givre,
Je vous le dis : Dieu vient de naître ! » 

Dit la chouette. 
« À ce petit qui vient de naître, Qu’apporterez­vous, braves gens, Qu’apporterez­vous qui protège Sa frêle et si fragile vie ? 
Un manteau, des chaussons de laine, Un bonnet bleu, pour un garçon. Hâtez­vous ! Il fait froid, il neige. Regardez comme votre haleine 
Se change vite en glaçon !
Mais pour bien fêter sa naissance Vous placerez sur le linteau
De l’étable où il vous attend
Une guirlande de gui, fraîche ! Fraîchement à l’arbre cueillie.
Et contre le bois de la crèche
Que lui prêtent les animaux
Pour qu’elle devienne berceau, Une branche, un rameau de houx », 

Dit le hibou. 
« Qui apportera la carpette Ou le tapis d’or d’Orient Pour que trois rois à genoux Adorent l’enfant 
Et lui offrent or, myrrhe, encens ? » Demandent au ciel en fête,
À la terre, sable et cailloux,
La chouette et le hibou, 

Le hibou
Et la chouette. 
Un lit de paille est le lit
De Jésus­Christ,
Lui, le créateur du monde, Qui n’aura pierre sur la terre Où poser la tête. 

Un peu de paille suffira Aux genoux des rois. Lanterne qui éblouis
La chouette et le hibou, Étoile, comète,
Retourne à la nuit profonde. Annonce­lui la Lumière. 

☆ 
Retour à Nazareth 
Bonjour, madame Marie ! Vous voici donc de retour ? Après un bien long voyage, Puisqu’il a duré longtemps, Au berceau de la famille. Vous connaissiez Bethléem, Déjà ? Petite bourgade, 
Je crois, presque sans auberge. Existe­t­il même un hôtel ?
Nous sommes de Nazareth, Nous, de père en fils, pas la peine D’aller se recenser ailleurs Qu’ici, dans notre commune. 

Et vous étiez sur les routes,
En hiver, à la Noël,
Par cette grande froidure.
Cela fut bien dur, sans doute. Saviez­vous que vous étiez, Madame Marie, enceinte ?
Pas prudent pour le petit,
Mais il faut suivre son mari. Mon Dieu, quel amour d’enfant Vous est venu en chemin ! 

Et déjà grand pour son âge.
Il se nomme, dites­vous, Jésus. C’est un très beau nom. L’entendre nous fait du bien. Je vous plains, chère voisine, D’avoir dû accoucher au loin, En tout cas, hors de chez vous. Toutes ces lois que l’occupant 
Nous inflige, à quoi ça sert,
Je vous le demande, sinon
À vous compliquer la vie !
Tout était plus simple avant,
Du temps de Mathusalem.
À la guerre comme à la guerre, Ces choses n’auront qu’un temps, Si Dieu voit notre misère. Savez­vous qu’Hérode est mort ? Ah ! vous l’avez su en Égypte. Vous avez donc fait un détour Par là­bas, chez les païens ? 

Vous ont­ils bien accueillis ? C’est un curieux pays.
Mais ils ont sauvé Moïse Perdu parmi les roseaux 

Du Nil où le crocodile
Croque tout ce qu’il attrape ;
Du moins, c’est ce qu’on raconte ; On dit même qu’un oiseau,
Battant des ailes, criant,
Une hirondelle, une mésange,
Fit que la fille du roi
Se pencha et découvrit
Le petit au fil de l’eau
Et le repêcha indemne.
L’Égypte est près du Liban, N’est­ce pas, pays des cèdres
Dont Salomon fit pour le Temple Grand usage : bel exemple,
Pour monsieur Joseph, votre époux, Bon menuisier, bon charpentier,
À des prix fort raisonnables.
Il nous a beaucoup manqué, Comme le bruit de son maillet, 
De son rabot, et de sa scie,
Tôt le matin, dans l’atelier.
Il nous fallait une table,
Une marche pour l’escalier, Une armoire où ranger le linge, Une huche, un bahut solide, Un coffre de mariage... 

Votre fils en lui n’aura
Pas de maître plus capable
D’en faire un homme du métier. Je le vois déjà porter
Sur son dos un lourd madrier,
Ou calé entre ses épaules.
Je le vois planter un clou
Là où il faut d’un seul coup.
Et même d’une coupole
Trop vétuste remplacer
Les poutres et les chevrons.
Mais je bavarde, je bavarde, Voisine, sans vous aider
À suspendre quelques hardes
Qui tenaient le fond du sac. Bientôt nous fêterons Pâques.
Une jeune mère pourtant,
Et qui revient d’un long voyage,
A besoin qu’on l’assiste un peu ; Et je suis là, qui vous regarde, Pardonnez­moi mon bavardage.
Il serait temps que je m’en aille.
Si vous avez besoin de moi, N’hésitez pas : entre voisins. Votre mari Joseph déjà
J’entends qu’il s’est mis au travail, Je le vois lisser une planche, L’ajuster à une autre planche, 
Équarrir un bloc de bois,
Bâtir une porte, un vantail...
Mon Dieu, que le temps passe vite ! On ne voit pas le temps passer.
Il faut pourtant penser un peu
Aux jours qui viennent sans attendre. Votre mari est un peu vieux,
Mais Jésus, madame Marie,
Voyez comme il nous écoute,
Voyez comme il nous sourit,
C’est un ange, ce garçon­là !
Jamais ne vous laissera
Manquer de quoi que ce soit.
C’est une grâce d’avoir
Auprès de soi, toute sa vie,
Un fils honnête et travailleur,
Bon ouvrier comme son père. Remercions­en le Seigneur,
N’est­ce pas, n’est­ce pas, dites, Madame Marie... 

☆ 

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