« Livres de Jeanne BENGUIGUI »

Rédigé le Mardi 13 Juin 2017 à 15:58 | Lu 159 fois


Jeanne Benguigui, poète, est morte au cours de la nuit de Noèl 2011. Elle est pleinement originaire d’Algérie, où elle vécut son enfance et son adolescence, où elle exerça le métier d’institutrice, elle a puisé en sa terre natale la vigueur de l’expression, la force de la colère, la capacité de l’éblouissement.
Ses batailles, qui partent toujours de faits et d’indignations précises, deviennent universelles de par la force et l’acuité de sa vision, l’originalité de son verbe comme de ses intuitions. Il convient, en ce temps où trop de poètes se perdent dans les marais d’un formalisme impénétrable, s’affrontent en des revendications d’un pouvoir poétique qui ne serait, s’il existait, qu’une imposture, de ne pas oublier que la poésie en France continue de dire l’être dans ses souffrances comme dans ses espérances.
Dominique Daguet


Jeanne à  Bruxelles, peu après son arrivée de Sidi Bel Abbès
Jeanne à Bruxelles, peu après son arrivée de Sidi Bel Abbès
« L’Arbre de vie », Poèmes, Editions du C.E.L.F., Belgique, 1958.
Premier recueil publié, Jeanne vivait alors en Belgique, qu'elle venait de gagner pour être recueillie par Madeleine Duguet alors qu'elle souffrait de tuberculose.

« Les Cendres du Soleil », Poèmes, Grand Prix de l’Exilisme, Editions de la Pléiade des Jeunes, Belgique,1963.

« Un long Tunnel de Lumière », Trois contes et Poèmes, Edition Les Paragraphes Littéraires de Paris, France - Photographie d’une sculpture de Madeleine Duguet (Anvers, Belgique) « Orphée, Poète-Christ, argile sacrifée » (Visage de Jeanne Benguigui comme modèle), 1969.

« Cherche la terre », Poèmes, Editions Librairie Chambelland, Paris, 1974.

« Pierres criant de soif », Poèmes, Réalisation technique Atelier de recherche et de création des Arts et Métiers : Editions ARCAM, Paris, 1977.

 « Une Pierre sur chaque Mot »,  Poèmes, Réalisation technique Atelier de recherche et de création des Arts et Métiers : Editions ARCAM, Paris, 1978.

« Litham de l’Ange », Poèmes, Réalisation technique Atelier de recherche et de création des Arts et Métiers : Editions ARCAM, Paris, 1979.

« Triangles », Poèmes, Réalisation technique Atelier de recherche et de création des Arts et Métiers : Editions ARCAM, Paris, 1981.

« Neuf versets pour un miracle » suivis de « Corps ma Demeure », Poèmes, Illustrations de Chris Mestas, Editions Cahiers Froissart, 1981.

« Arpenter la Forme Parfaite », Poèmes, Collection Haut Voix, Réalisation technique Atelier de recherche et de création des Arts et Métiers : Editions ARCAM, Paris, 1983.

« Porteuse d'eau », Poèmes, Réalisation technique Atelier de recherche et de création des Arts et Métiers : Editions ARCAM, Paris, 1988.

« Contes de Sidi-Bel-Abbès : comme un verger d’amandiers », trois contes : « L’hirondelle gris et le canari, Grain de joie, La Princesse aux étincelles ». Collection La légende des mondes, Editeur L’Harmattan, Paris, 1992

« Le Déménagement », nouvelles, Préface d’Alain Freixe, Editeur L’Harmattan, Paris, 1995.

« En ton Jardin le Serpent », La Passion selon J.B. l'Obscure,
Préface de Lucette Heller-Goldenberg, Poèmes, Editions Cahiers Bleus, anciennement à Troyes, actuellement à Bouchemaine (49080), 1995.

« Orangerie des enfers », Inédit, Poèmes, 2 Juillet 1999 - Sera édité sur le Site « Parvis des Alliances » en 2017.

« Sept dialogues avec Eros », théâtre, Editions Cahiers Bleus, anciennement à Troyes, actuellement à Bouchemaine, 49080, 2000.

« Investir le Ciel », Poèmes, Editions Cahiers Bleus, anciennement à Troyes, actuellement à Bouchemaine, 49080, 2002.

« Interdite d’Eden », Poèmes, Editions Cahiers Bleus, anciennement à Troyes, actuellement à Bouchemaine, 49080, 2004.


 

Jeanne Benguigui est née à Sidi-Bel-Abbes

Jeanne Benguigui et le docteur Ferdière.
Jeanne Benguigui et le docteur Ferdière.
par une nuit étoilée de décembre 1931. Auteur  d'une  vingtaine  de  recueils parmi  lesquels et notamment  Litham de l'Ange fut remarqué par  l'Académie  Mallarmé :.

Présentant  elle-même  ses  inédits  dans  la Deuxième Anthologie des Poètes de la Sape, elle  écrit :  « Mes lecteurs amis ont dénoncé la difficulté d'approche de mon écriture, aussi, leur livrerai-je quelques simples clés, non pas empruntées aux Vulcains
de la poésie actuelle, de Heidegger à Blanchot, mais forgées à la lumière vacillante et subtile de ceux, mineurs de fond,
descendus dans le dédale de mes ténèbres, lampe au front, pour en extraire la houille et nous éclairer sur sa teneur...

Il n'est là, ni jeu gratuit, ni provocation, mais exercice complexe, difficile à parfaire, lié à mon souffle haletant, mon rythme cardiaque syncopé, grâce auxquels ... je me suis accordée à moi-même, passant outre les marges et débordant la page. »


 

Propos sur l'oeuvre de Jeanne Benguigui par le peintre WALD

Jeanne Benguigui : Photo rayée par dépit sur la couverture de son dernier livre publié par les Cahiers Bleus
Jeanne Benguigui : Photo rayée par dépit sur la couverture de son dernier livre publié par les Cahiers Bleus
L'écriture  de  Jeanne  Benguigui  n'appelle pas une critique aisée car elle emporte loin :  au  delà  du  simple  imaginaire,  s'il  en
fut,  au  delà  des  houles  de  l'inspiration,  ce qui  serait  déjà  bien,  au  delà  encore  du souffle,  un des  indices  du  rare. 

Cette poésie  s'épanche  dans  les  torsades  de  l'intuition,  souvent  captée  par  des  fulgurances de  langage  dont  seuls  quelques  extatiques sont  capables  de  lacérer  les  pages,  au  gré d'une  tourmente  exacerbée. 

 

Pourtant, quelle maîtrise de l'élément ! C'est  un  sentier  de  calvaire  où  ce vaste  poète  hisse  son  humanité  à  force  de pierres  tissées  qui  sont,  magnétisme  d'une anagramme  médiumnique,  autant  de  prières,  d'appels,  de  tragédies.  Autant  de mausolées  et  de  lueurs,  calmes  ou  stridentes, flottant sur l'amplitude illimitée des mots. Autant  de  repères,  de  gites  et  de  nouveaux
départs.  Jeanne  Benguigui  choisit  l'ascèse d'un  rite  où  chaque  formule  est  vouée  aux clauses essentielles.

Dans cette quête érémitique,  les  aspiritations  du  texte,  les  pointes
acérées  de  ses  triangles  cimentent,  marche après  marche,  un  escalier  extrême  où  la souffrance  relie  le  pur  et  le  noir  de  ses blasphèmes aux axes lisses de hautes intuitions.

Jeanne Benguigui nous livre la condition  de  son  initiation :  elle  a  « bu la mort » pour  conna.tre  et  fleurir.  Son  savoir  sensible nous est transmis nuancé de vibrances et chaque question porte le doute, engendre la non-réponse  mais  consacre  l'union  intime
de  son  être  avec  la  moindre  parcelle  d'univers,  raccourci  intuitif  que  cette  appartenance  doubl.e  d'une  conscience  cosmique
collective. 

 

L'évidence en est telle

Buste de Jeanne Benguigui par Madeleine DUGUET
Buste de Jeanne Benguigui par Madeleine DUGUET
qu'elle dicte  au poète de « céder au temps » et, malgré tout, l'amène à se « cogner à l'Éternité ». Chaque  vie  différenciée  se  nourrit  de l'unique  poumon  cosmique,  la  lumière  que  le seul  esprit  peut  et  doit  discerner  puis  rejoindre.  Dans  ce  sens,  Jeanne  Benguigui prophétise : l'élévation factice n'aura d'effet
qu'une  rechute  vers  la  matière.  La  vérité réside dans cette seule équation alchimique qui,  du  « déchet »,  élabore  le  « limon » au
prix d'humilité...

Alors  autant  de  joies  seront  d'avoir franchi  des  portes plombées, d'avoir parcouru  la  dérive  des  « pollens errants ».  J'ai  lu  en Jeanne  Benguigui  les  invocations  d'une  enfant  renouvelée,  parée  de  clair  et  de  sombre sur  le  b.cher  social.  J'ai  lu  et  j'avance  dans
la  fraîcheur  de  ses  mots,  dans  les  ronces bienfaisantes de son verbe.

Je progresse dans ses  déserts,  dans  ses  soifs  et  ses  doutes.
J'erre dans les plis de ses poèmes. La recherche  de  la  passe  qu'elle  connait  pour  l'avoir atteinte  dans  son  oeuvre  marquée  par  le
sceau  du  sacré,  mais  dont  elle  feint  d'avoir perdu les coordonnées pour tenter de rester, « bien qu'irrémédiablement d'univers , encore si peu de la terre ».

 

Dans cette versification audacieuse,

Jeanne à Anvers
Jeanne à Anvers
résolument menée, Jeanne Benguigui rappelle que la raison logique ne suffit pas à la  raison humaine empreinte du chaos  atemporel,  origine  et  fin  à  la  fois,  de  l'univers dont  elle  est  issue.  Dans  le  doute  que  j'ai souvent  croisé  au  rythme des  poèmes,  s'engrange  une  forte  certitude,  une  démarche sans retour  possible, un ton. Il  ya là quelque
chose  d'implacablement  beau,  une  furieuse dérive de glace percutant un soleil.
WALD
Paris, décembre 1985

« Arpenter la forme parfaite avec Jeanne Benguigui », par M.C.C.

Portrait de Jeanne par Madeleine DUGUET
Portrait de Jeanne par Madeleine DUGUET
Dans son nouveau recueil de poèmes « Arpenter la forme parfaite », Jeanne Benguigui poursuit cette quête d'un lieu qui la confirmerait dans son identité. Lieu d'une « naissance à soi-même », le poète y trouverait l'ultime conciliation du réel et de l'imaginaire (« tu délires de réalité de l'imaginaire  »), mais aussi la densité de sa conscience corporelle (« tu habites ton corps / tu marches dans tes pas »).

Ceci dans les instants privilégiés du poème ou du mouvemebt incessant qui caractérise la démarche de Jeanne Benguigui se solde par l'explosion jubilatoire succédant à la fois à l'écriture du poème et à cette conscience aiguë d'exister.

Ainsi l'explosion de joie

Au temps de l'école à Sidi-Bel-Abbès, Algérie
Au temps de l'école à Sidi-Bel-Abbès, Algérie
qui est aussi désintégration de soi, dans le mouvement de la parole, fait-elle pendant au morcellement et à la pulvérisation de l'univers : « au chevet de la terre / explosion du soleil ».

Dans le temps que se produit le mouveent cyclique qui donne à l'auteur à faire corps avec le réel (« adhérer à  l'argile / se nouer / à l'écorce ») se révèle « le secret / des syllabes inédites ». Car c'est bien au lieu même du poème en train de s'élaborer, que se fait la prise de conscience, la plus authentique et la plus rédemptrice, ce dont le beau poème « action de grâce » s'avère être le révélateur : « autour du noyer / qui est Dieu / ou poème / t'accorde / cette heure vertige ».

Temps réconcilié lui-aussi, puisque l'intensité du présent vécu se doit d'être retour à l'origine, prise sur la lettre initiale, inaugurante, cette « aleph / ou tout est fable / tout commence / dévale ».

« Mieux qu'Eternité / le temps / » nous dit encore Jeanne Benguigui, le « Temps » avec son poids de réalité et de vécu concret, car l'éternité comme l'infini appartiennent à l'impensable et ne peuvent, si l'on entend le poète, nourrir la parole vivante : « gicle l'Eternité du serpent usé d'infini »

A moins que cette notion de l'éternité ne s'ancre à son tour dans la durée du vécu et la prégnance du réel.

Et si la mort vient à être évoquée

Editions Arcam
Editions Arcam
 - invoquée - c'est aussi que, sans elle, la vie dont elle fait partie intégrante, ne peut prendre sens : « Pourvu que de toi la mort se souvienne ».

De métaphore en métaphore, l'écriture de Jeanne Benguigui jette vers l'inaccessible ses constructions piranésiennes au sein desquelles, affleure parfois, haleine reposée, l'aile de la douceur :

« Les fleurs cueillent les rires,
« qui glanent les rayons,
« Pour ces menuets d'astres,
« aux cils d'or des enfants ».
M.C.C.

« Interdite d'Eden », dernier livre publié de Jeanne Benguigui -- Editions des Cahiers Bleus.
« Interdite d'Eden », dernier livre publié de Jeanne Benguigui -- Editions des Cahiers Bleus.





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